lundi 19 janvier 2026

Bagarre entre un Giton et un monstre...

 ... ou quand deux grandes figures de l’Histoire et de la littérature en viennent aux mains dans la cour d'une prison ! 

Chacun connait Honoré-Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (1749-1791), l’une des grandes figures de la Révolution Française, partisan d’une monarchie constitutionnelle («Nous sommes ici par la volonté du peuple, etc.»). On connait tout autant le «divin marquis», dont le nom entra dans le langage courant. Mais si les Français connaissent Mirabeau depuis l’école primaire, ils savent moins que sa vie fut un roman.

Mirabeau se sépare vite de la riche héritière qu’il a épousée, déserte de l’armée, connait plusieurs prisons (Ile de Ré, Manosque, château d’If, fort de Joux…) dont plusieurs fois sur ordre de son propre père, pourtant un éminent philosophe, «pour le remettre dans le droit chemin». Il se sauve avec Sophie de Ruffey, marquise de Monnier, déjà mariée. Le couple illégitime aura une fille, qui mourra enfant. Les amants sont rattrapés et, en 1777, Sophie est condamnée au couvent (elle se suicidera en 1789). Lui échappe à la peine de mort, mais restera 42 mois au donjon de Vincennes. Durant cette détention, il en vint aux mains avec un codétenu, un certain marquis de Sade, que Mirabeau qualifiait de Giton tandis que lui le traitait de monstre…

Sade et Mirabeau tuaient le temps en prison en écrivant. Mirabeau était non seulement un grand orateur, mais avait aussi une plume alerte et souvent acide, truffant ses textes de jolies formules. Un exemple : «Madame de l’Hermitage tient bureau de bel esprit : là, tous nos demi-dieux, tous nos Apollons modernes viennent chercher des dîners qu’ils paient en sornettes…». Il est l’auteur de «Erotika Biblion», textes libertins assez crus écrits à Vincennes, publiés en 1783 et plusieurs fois réédités. L’édition de 1910 comporte une préface et des commentaires de Guillaume Apollinaire. Il écrivit également à cette période des libelles et ses «Lettres à Sophie» passionnées («les amours qui finissent ne sont pas les nôtres…»).

Mirabeau et Sade étaient, parait-il, parents par les femmes ; ils avaient aussi quelques autres affinités, non seulement en matière de plume et de libertinage, mais aussi en gestion de fortune : ces deux seigneurs savaient si bien gérer leurs terres qu’ils arrivèrent à la Révolution couverts de dettes…

-       Honoré de Mirabeau, 1789, par Joseph Boze (1745-1826) Château de Versailles.

-       Portrait du marquis de Sade, selon un dessin de Carle Van Loo de 1760 (Sade avait alors 20 ans).

 


 



jeudi 15 janvier 2026

Éloge des blondes...

      

Éloge des blondes, septembre 1771, par l'Auteur du Journal des Dames (M. de Louptière, de l’Académie des Arcades de Rome). À chanter sur l’air de « Ne v'la t'il pas que j'aime ».

Régnez dans mes tendres accents,

Douce et mourante blonde,

Que la volupté de vos sens

Dans les miens se confonde.

 

Le blond Phébus vient m'embraser

Du beau feu de sa lyre,

Pourrait-il me le refuser ?

C'est pour vous qu'il m'inspire.

 

En vain les ris & l'enjouement

Nous étalent leurs charmes ;

Les langueurs et les sentiments

Ont de plus fortes armes.

 

Blondes, je veux à vos genoux

Soupirer pour chacune ;

Je songerais encore à vous

Dans les bras de la Brune.

 

Notons que les blondes sont perçues par l’auteur du poème comme douces, voluptueuses, langoureuses et sentimentales. La gaité est selon lui l’apanage des brunes. Pas sûr que toutes les blondes parmi vous, chère lectrices, apprécieront. Cette confrontation stupide entre brunes et blondes semble de toutes les époques. On ne dit rien des rousses, me direz-vous. Pourtant, la poudre d’iris que les blondes appliquaient souvent sur leurs cheveux les faisaient tirer vers le roux ; les rousses aussi avaient leurs partisans !

Illustration : Une blonde et une brune réunies sur la même toile : deux sœurs, peintes en 1790 par Marie-Victoire Lemoine (1754-1820). Collection privée. Les deux jeunes filles portent de jolies robes de fantaisie.

 


 

dimanche 11 janvier 2026

Un voile importun...

Attention, scène torride !

« J'avais osé exiger de ma nouvelle amie qu'elle quittât, en déjeunant, le voile importun qui me cachait sa gorge. C'était une de ses perfections ; et pour la consistance, et pour la blancheur et la finesse, j'en ai très peu vu qui lui fussent comparables (…). L'amour faisait de moi un grand enfant et me remettait à la mamelle. Oh ! qu'ils sont jolis ces déjeuners de tourtereaux où l'on se donne la becquée en se becquetant, et que l'on assaisonne de toutes les petites friandises d'amour ! Mais comme leur suite est plus douce encore ! »

(Mémoires du poète Choudart-Desforges, 1798)

 

Illustration : Jean-Frédéric Schall (1752-)12825), Jeune femme au voile.

 


 

 

lundi 5 janvier 2026

Allons à l'opéra !

L’opéra est traditionnellement un lieu où l’on vient pour voir et se faire voir ; c’était particulièrement vrai au XVIIIe siècle…

"Dès que je fus placée, je devins le but de tous les lorgneurs de profession. Ils sont communs dans ce lieu, où les plaisirs des sens sont les seules divinités qu’on révère. (…) J’étais trop attentive aux mouvements que j’excitais pour m’occuper du spectacle. Plusieurs seigneurs vinrent me complimenter dans ma loge et me firent des propositions. On pourrait sans injustice être vaine à moins. J’avais enlevé tous les suffrages. Je me figurais être dans un sérail d’hommes destinés à mon plaisir, où je pouvais commander en sultane et jeter le mouchoir à celui qui aurait le bonheur de me rendre sensible. Je me trouvai si bien de cet essai que je continuai ; tout le monde brillant de l’Opéra soupira pour moi. Je fis des heureux. J’eus la gloire de voir à mes pieds des têtes illustres, qui ne rougirent pas d’oublier leur grandeur en ma présence. Je compris mieux que je n’avais fait jusqu’alors qu’il n’y a rien dans le monde au-dessus d’une jolie femme et que l’empire de la beauté ne connaît point de bornes."

(Antoine Bret, La Belle Alsacienne,1745).

Illustration : "La petite loge", gravure. Source : BNF Gallica. Les deux élégants gentilhommes tournent le dos à la scène pour accueillir la jolie fille qui vient d’entrer dans leur loge (avec un chaperon). Il se pourrait que vu sa robe décorée de guirlande et son attitude, cette jeune personne soit une danseuse, ce qui expliquerait pourquoi les deux messieurs n’ont pas daigné se lever, de même que l’accueil pour le moins familier de l’un… Tous deux ont une longue vue en main : pour mieux voir le spectacle qui se donne sur la scène ou dans les autres loges ? L’un et l’autre, bien sûr !

 


 

 

dimanche 21 décembre 2025

Joyeuses Fêtes !

La demoiselle de Rosling vous souhaite 
un bon Noël
 et 
de joyeuses Fêtes de fin d'année !
 

 

Nicolas Lancret, 1738, l'Hiver - Musée du Louvre.


 
 
 

 

lundi 15 décembre 2025

Le précieux clavecin...

"En découvrant le luxueux appartement munichois du professeur, Aloïs s’était immédiatement senti à son aise. Les boiseries XVIIIe remontées au salon, à la salle à manger et dans plusieurs autres pièces, le précieux clavecin de Rückers, les sièges Louis XV estampillés, les bougeoirs, les rideaux, tout évoquait pour lui un confortable cadre bourgeois de son époque – les plafonds étaient bien trop bas pour une demeure aristocratique…

Extrait de La Promesse Du Temps – Les chroniques de Rosling - 3, par Bernard Grandjean, aux Éditions du 38.

À commander à votre libraire ou à retrouver ici, (en broché ou numérique) ou sur les sites marchands :

https://www.editionsdu38.com/fr/romance/610-les-ombres-du-chateau-les-chroniques-de-rosling-2.html 

Illustration : Portrait présumé de Joséphine, fille de Bergeret de Grancourt, touchant le piano-forte, par Jean-François Lagrenée (1725-1805). Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon.

 


 

 

Bagarre entre un Giton et un monstre...

  ... ou quand deux grandes figures de l’Histoire et de la littérature en viennent aux mains dans la cour d'une prison !  Chacun connait...