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lundi 21 septembre 2026

Champagne !

"À la deuxième représentation d'Iphigénie en Tauride de Piccinni (janvier 1781), Mlle Marie-Joséphine Laguerre, (1755-1783) parut sur la scène ivre, au point qu’après la fin du premier acte, elle tomba sur une figurante qu'il fallut aussitôt plonger dans un bain.

(Une fois) soulagée, Mlle Laguerre put chanter sa partition jusqu'à la fin. On sait, à cette occasion, le mot de Sophie Arnould : "Ce n'est pas Iphigénie en Tauride, c'est Iphigénie en Champagne !"

 

Extrait (note de bas de page) des Souvenirs de Mlle Duthé de l'Opéra (1748-1830), avec introduction et notes de Paul Ginisty.

 

Mlle Laguerre, à la très belle voix (mais "une figure passable et une âme de boue" selon certains contemporains) avait en effet la détestable habitude de se surexciter, quand elle chantait, par du champagne...

 

Illustration : Philippe Mercier, Le Goût (1689). Yale Center for British Art.

 


 

 

mardi 1 septembre 2026

La scandaleuse Mademoiselle Deschamps...

Mlle Deschamps, (1730-1764) était une comédienne, et surtout une courtisane célèbre. À une période de sa vie, se trouvant dans la gêne, elle vendit ses meubles. Cette vente fit sensation. Les années passant, elle deviendra une usurière qu’aucun argument ne pouvait attendrir... Favart (célèbre auteur en son temps pour le théâtre et l’opéra, 1710-1792) évoque cette fille dans ses Mémoires :

" La demoiselle Deschamps, ci-devant médiocre figurante à l'Opéra, pour réparer les brèches que le luxe le plus insolent et le plus outré avait faites à sa fortune, commença, il y a quelques années, par vendre une partie de son mobilier, qui était de la plus grande richesse. (...) Parmi beaucoup de meubles superbes, restes de la magnificence d'un de nos princes du sang, qui n'avait pas dédaigné des appas flétris par 20 ans de service dans l'art de Phryné, il fut vendu une baignoire d'argent massif, dont on devine bien l'usage, ornée d'une garniture de dentelle d'Angleterre qui fut achetée par une duchesse et transportée sur sa toilette."

 

On trouve dans le Journal des inspecteurs de Monsieur de Sartines de nombreux échos de la vie scandaleuse de Mlle Deschamps :

"Le fils d’un riche financier se trouvant au petit lever de la Deschamps, fut tellement épris de son lit, qui lui semblait respirer la volupté, qu’il lui proposa de l’acheter sur-le-champ, dans le beau désordre où il se trouvait, avec promesse de coucher dès le soir même dans les mêmes draps, ce qui était un article important du marché. Le lit lui fut vendu 5,000 francs, circonstances et dépendances, et fut payé une heure après."  

Le tableau libertin de Pierre-Antoine Baudoin ci-dessous (collection privée) pourrait illustrer la scène !

 


 

 

lundi 5 janvier 2026

Allons à l'opéra !

L’opéra est traditionnellement un lieu où l’on vient pour voir et se faire voir ; c’était particulièrement vrai au XVIIIe siècle…

"Dès que je fus placée, je devins le but de tous les lorgneurs de profession. Ils sont communs dans ce lieu, où les plaisirs des sens sont les seules divinités qu’on révère. (…) J’étais trop attentive aux mouvements que j’excitais pour m’occuper du spectacle. Plusieurs seigneurs vinrent me complimenter dans ma loge et me firent des propositions. On pourrait sans injustice être vaine à moins. J’avais enlevé tous les suffrages. Je me figurais être dans un sérail d’hommes destinés à mon plaisir, où je pouvais commander en sultane et jeter le mouchoir à celui qui aurait le bonheur de me rendre sensible. Je me trouvai si bien de cet essai que je continuai ; tout le monde brillant de l’Opéra soupira pour moi. Je fis des heureux. J’eus la gloire de voir à mes pieds des têtes illustres, qui ne rougirent pas d’oublier leur grandeur en ma présence. Je compris mieux que je n’avais fait jusqu’alors qu’il n’y a rien dans le monde au-dessus d’une jolie femme et que l’empire de la beauté ne connaît point de bornes."

(Antoine Bret, La Belle Alsacienne,1745).

Illustration : "La petite loge", gravure. Source : BNF Gallica. Les deux élégants gentilhommes tournent le dos à la scène pour accueillir la jolie fille qui vient d’entrer dans leur loge (avec un chaperon). Il se pourrait que vu sa robe décorée de guirlande et son attitude, cette jeune personne soit une danseuse, ce qui expliquerait pourquoi les deux messieurs n’ont pas daigné se lever, de même que l’accueil pour le moins familier de l’un… Tous deux ont une longue vue en main : pour mieux voir le spectacle qui se donne sur la scène ou dans les autres loges ? L’un et l’autre, bien sûr !

 


 

 

jeudi 8 juin 2023

Rivalité à l'opéra...

La rivalité entre les demoiselles de l’opéra Guimard et Dervieux est l’une des plus fameuses du XVIIIe siècle. Elles avaient pour points communs le talent, ainsi que la faculté de collectionner des amants riches et prestigieux (l’Académie Royale de Musique était un vivier où les aristocrates se fournissaient en jolies maîtresses).

Intelligente et pleine d’esprit, Marie-Madeleine Guimard (1743-1816), devenue plus tard Mme Despréaux, n’était pas réputée pour sa beauté, même si elle possédait "la plus jolie gorge du monde". Elle était jugée trop maigre, si bien qu’on la surnommait l’araignée. Néanmoins, son expressivité et sa grâce sur scène étaient incomparables. Elle donnait pour ses amis, dans sa maison de campagne de Pantin, des spectacles grivois, dont des pièces du sulfureux Jean-Joseph Vadé, créateur du "style poissard" (j’y reviendrai…)

Tout allait bien pour la "Terpsichore du temps", quand en 1765 Anne-Victoire Dervieux (1752-1829), âgée de seulement 13 ans, surgit sur la scène de l’opéra. L’apparition de cette toute jeune fille sonna le glas de la domination absolue de la Guimard. La guerre entre les deux était déclarée, pour le plus grand plaisir du Tout-Paris. La Dervieux, fille d’une blanchisseuse et jeune amante du prince de Conti, puis du conte de Stainville, atteignit le sommet de sa célébrité en paraissant nue sous un léger vêtement de taffetas couleur chair. Elle travailla sa voix, et devint une remarquable chanteuse. Amante des frères de Louis XVI, sa rivalité avec la Guimard ne les empêchera pas de partager un temps le même amant, le prince de Soubise. C’est pourtant elle qui mettra fin à la guerre, en se retirant dès l’âge de 22 ans pour se consacrer à sa carrière de courtisane.

Parmi les pamphlets qui circulèrent au cours de cette guerre, il me semble que c’est Marie-Madeleine Guimard qui fit l’objet des plus féroces. Quand elle est nommée trésorière de l’opéra, aussitôt en court un assez salé :

"C’est Guimard qu’on vient d’élire

Trésorière à l’Opéra

On a raison, car elle a

La plus grande tirelir"

Autre épigramme fameux :

"Guimard en tout n'est qu'artifice

Et par dedans et par dehors.

Otez-lui le fard et le vice

Elle n'a plus âme, ni corps. (…)

Sa cuisse est flasque et héronnière,

Jambe taillée en cebalas,

Tout son corps n'est qu'une salière..."

(Je n’ai pas trouvé d’explication au mot "cebalas" ; si quelqu’un a une idée…)

Mais la Révolution est proche. Adieu fortunes, hôtels particuliers et attelages rutilants. La Guimard sauvera de peu sa tête sous la Terreur, et les deux femmes, célébrités d’une époque engloutie, mourront oubliées.

Illustration : Mlle Guimard en Terpsichore, vers 1773-75, par Jacques-Louis David (1748-1825). Collection particulière.

 


 


La bonne éducation.

"Je vois, lui ai-je dit, que le ciel récompense la vertu des mères par le bon naturel des enfants ; mais ce bon naturel veut être culti...