L’opéra est traditionnellement un lieu où l’on vient pour voir et se faire voir ; c’était particulièrement vrai au XVIIIe siècle…
"Dès que je fus placée, je devins le but de tous les lorgneurs de profession. Ils sont communs dans ce lieu, où les plaisirs des sens sont les seules divinités qu’on révère. (…) J’étais trop attentive aux mouvements que j’excitais pour m’occuper du spectacle. Plusieurs seigneurs vinrent me complimenter dans ma loge et me firent des propositions. On pourrait sans injustice être vaine à moins. J’avais enlevé tous les suffrages. Je me figurais être dans un sérail d’hommes destinés à mon plaisir, où je pouvais commander en sultane et jeter le mouchoir à celui qui aurait le bonheur de me rendre sensible. Je me trouvai si bien de cet essai que je continuai ; tout le monde brillant de l’Opéra soupira pour moi. Je fis des heureux. J’eus la gloire de voir à mes pieds des têtes illustres, qui ne rougirent pas d’oublier leur grandeur en ma présence. Je compris mieux que je n’avais fait jusqu’alors qu’il n’y a rien dans le monde au-dessus d’une jolie femme et que l’empire de la beauté ne connaît point de bornes."
(Antoine Bret, La Belle Alsacienne,1745).
Illustration : "La petite loge", gravure. Source : BNF Gallica. Les deux élégants gentilhommes tournent le dos à la scène pour accueillir la jolie fille qui vient d’entrer dans leur loge (avec un chaperon). Il se pourrait que vu sa robe décorée de guirlande et son attitude, cette jeune personne soit une danseuse, ce qui expliquerait pourquoi les deux messieurs n’ont pas daigné se lever, de même que l’accueil pour le moins familier de l’un… Tous deux ont une longue vue en main : pour mieux voir le spectacle qui se donne sur la scène ou dans les autres loges ? L’un et l’autre, bien sûr !

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