mardi 2 juin 2020

Les sigisbées...

Parmi les traditions curieuses du XVIIIe siècle, celle des sigisbées, répandue dans la noblesse italienne, n’est pas la moins étonnante. Ce mot désigne le chevalier servant d’une dame mariée, qui l’accompagne dans ses dîners, bals et sortie en l’absence de son époux, et avec l’assentiment de celui-ci. Naturellement, cet amant de cœur était souvent l’amant tout court.
La bienveillance du mari s’explique : généralement bien plus âgé que son épouse imposée par un mariage arrangé, il se trouvait ainsi débarrassé par un autre de bien des servitudes ; à moins qu’il n’en profite lui-même pour mener sa vie de son côté. Ce fut l’occupation de l’Italie par napoléon qui mit fin à cette pratique, trop contraires aux mœurs issues de la Révolution française.
Le sigisbée apparaît souvent dans la littérature (Goldoni, Stendhal…). Une étude fait autorité sur le sujet : Roberto Bizzocchi, Les Sigisbées, Alma Éditeur, 2016.
Illustrations : La gravure "Le sigisbée", de Luigi Ponelato, est une illustration d'une édition des œuvres théâtrales de Carlo Goldoni de 1790.
 

 

jeudi 28 mai 2020

L'étau de bras puissants...


"Les deux femmes la tirèrent, et d’une violente poussée la firent basculer entre les rideaux du lit. Avant de se rendre compte de ce qui lui arrivait, Ziska se trouva prise dans l’étau des bras puissants de Xaver von Neumayer."
                                             Extrait de "Le voyage de Ziska", de Bernard Grandjean, aux Éditions du 38.

 
 Satyre et bacchante – Musée du Louvre.

dimanche 24 mai 2020

Les trois Grâces

"Cependant, intervint son neveu, si Xaver et moi devons, comme le berger Pâris, remettre la pomme d’or à la plus belle des trois Grâces, je vous prie de vous mettre, vous-même ma tante ainsi que toi, Ziska, dans la tenue adéquate, qui est comme chacun le sait fort dépouillée."
En fait, le neveu mêle allégrement deux thèmes mythologiques différents : d’une part, le jugement de Pâris, qui eut la tâche redoutable de départager trois déesses (Héra, Athéna et Aphrodite) en remettant la pomme d’or (de discorde) à la plus belle, et, d’autres part les trois Grâces de la mythologie romaine, Euphrosine, Thalie et Aglaé, censées représenter la beauté, la séduction et la créativité humaine.
Le thème des trois Grâces traverse l’histoire de l’art, et les peintres du XVIIIe siècle s’en emparèrent avec délectation, tant il permettait de représenter des jeunes femmes totalement nues en toute ingénuité. Charles André Van Loo (1707-1765) en fit deux versions (1763 et 65), toutes deux descendues en flammes par Diderot, qui n’y vit que raideur et froideur. Fragonard s’y risqua aussi, dans son style personnel, tout en teintes dorées, bleutées et rosées, évitant le groupe de trois personnages debout qui paraît représenter la même vue sous trois angles différents. Ma version préférée date de la toute fin du siècle (1793), par Regnault, représentation néo-classique de corps modelés comme des statues.
 
 
 

lundi 18 mai 2020

Arrivée du Tibet...


"Tséring était une orpheline de seize ans, arrivée du Tibet toute seule deux ans plus tôt en franchissant des cols impossibles, mains et pieds à moitié gelés."
                             Extrait de Le Talisman tibétain, de Bernard Grandjean, aux Éditions du 38




mercredi 13 mai 2020

Soupe populaire

Les soupes populaires et restos du cœur ne datent pas d'hier. Ils sont aussi vieux que la pauvreté et la générosité réunies. Au XVIIIe siècles et avant, ces institutions existaient, en général à l'initiative de l'Église. 
On voit sur cette gravure un prêtre et une dame élégante servir la soupe à des pauvresses; au fond, en cuisine, on s'agite. La noble dame est coiffées "à la Fontange", du nom de la belle Marie Angélique de Scorraille de Roussille, duchesse de Fontanges (1661-1681), maitresse du roi de France Louis XIV. Cette coiffure de Cour, très élaborée (avec monture métallique et dentelle tuyautée), fit fureur, mais cette mode excessive finit même par énerver Louis XIV. Elle perdura néanmoins longtemps, jusqu'au début du XVIIIe siècle. Le texte sous la gravure dit (j'ai remis en français moderne pour faciliter les traductions ) :
"Le Secours du Potage
Indigent secouru d’un zèle charitable
D’une soupe apprêtée on lui remplit son pot
En arrivant chez lui, il peut se mettre a table
Toute chaude qu’elle est, la manger sans dire mot"


vendredi 8 mai 2020

Au fond de la vallée...


"Il faut vraiment venir au fond de la vallée de la Yangtchou pour apprendre des histoires pareilles !"
Extrait de "Panique à l’hôtel Kangchenjunga" (série Crimes en Himalaya), publié aux Éditions du 38.


Photo Meena Ongmu, Photography Club of Sikkim.


mercredi 6 mai 2020

Mensonges !

Toutes les images mentent, et celles du XVIIIe siècle autant que les autres, et pourtant sans Photoshop ni réseaux sociaux pourvoyeurs de fake news !
Prenons par exemple cette toile, peinte (après 1760) par Etienne Jeaurat (1699-1789) - en fait il s'agit ici d'une copie anonyme passée en salle des ventes à Londres en 1986. Elle est intitulée "La police des mœurs procède à la fermeture d'un bordel". 
 
 
 
 
On y voit à gauche un magistrat ainsi que des soldats arrêtant deux filles ; sur la droite, d’autres soldats contenant la foule des femmes du marché (circulez, y’a rien à voir), trop curieuses ou même solidaires des malheureuses prostituées, qui vivaient en symbiose avec la population du quartier. Malgré une certaine brutalité, la scène est d’abord morale…
Ainsi qu’il arrivait souvent à l’époque, cette toile a été reprise ultérieurement par le célèbre graveur français Claude Duflos (1665-1727), très fidèlement mais avec un nouveau titre : "Enlèvement de police". Jusque-là, pas de mensonge. C’est ensuite que ça se corse. Car cette gravure est complétée en pied par un poème qui raconte une toute autre histoire que celle proposée par le titre de la toile d’origine :

"Enlèvement de police
Quel affligeant objet ! Les grâces désolées
Au plus cruel affront se sont immolées,
Pleurez, Amours, et dans ce triste état,
Hâtez-vous de fléchir ce grave magistrat !
Mais non, quoi qu’il ne soit ni cruel ni farouche,
Vos larmes, vous soupirs, ne l’attendrissent pas,
Il sçait (sait) à quels dangers exposent vos appas,
Et le bien du public est tout ce qui le touche"

 
 
Sous cet éclairage, la lecture de l’image devient différente : il s’agit d’une brutale arrestation policière. À droite, des soldats contiennent sans ménagements la foule des femmes du marché, qui cette fois semble protester contre l’arbitraire du pouvoir. À gauche se tient le magistrat, bouffi et "raide comme la justice", désignant la coupable d’un doigt vengeur. Une jeune femme est entraînée par des soldats, tandis qu’une autre se désole. Un chien, perfidement, lève la patte, deux autres se flairent : pendant que des vies basculent, d’autres vies continuent dans l’indifférence. Et l’avant dernier vers du poème en dit long sur ce qui attend la jolie femme dans les prisons du roi de France…

De ces deux histoires, laquelle est la bonne ? Le peintre Etienne Jeaurat a-t-il réellement voulu peindre une scène morale, ou bien représenter l'arbitraire sous couvert d'une intervention "vertueuse" de la Justice ? Ou bien, comme le dit le poème sous la gravure, assiste-t-on à une scène où la vertu est outragée du fait de la stupide raideur d'un juge ? Mystère...

Les sigisbées...

Parmi les traditions curieuses du XVIIIe siècle, celle des sigisbées, répandue dans la noblesse italienne, n’est pas la moins étonnante. C...