dimanche 4 octobre 2026

Des explorateurs-espions...

"Au cours du XIXe siècle, les Britanniques envoyèrent des explorateurs-espions au-delà de l’Himalaya, dans le but de remplir les immenses blancs des cartes du Tibet et de l’Asie Centrale. Les motivations scientifiques cachaient un objectif moins noble : favoriser l’expansion coloniale et ouvrir de nouveaux débouchés au commerce anglais."

(Avant-propos de Moi, Das, espion au Tibet, publication KDP).

 

Le livre est à retrouver ici :

https://www.amazon.fr/dp/B07MJHG28T/ref=sr_1_1?s=amazon-devices&ie=UTF8&qid=1547100655&sr=8-1&keywords=Moi%2C+Das%2C+espion+au+Tibet 

 

 

Illustration : plan de Lhassa au XIXe siècle, Nikita Bichurin

 


 

dimanche 27 septembre 2026

L'instant désiré.

"Par le menu je ne veux vous conter des deux jeunes gens l'ardent et vif débat, leurs douces langueurs, leurs voluptés brûlantes ; je ne veux les conter, parce que je n'entends donner aux hypocrites un motif de dire que je prends le style d'un narrateur licencieux ; je dirai seulement que j'ignore si le soir elle était pucelle; pour sûr, le malin elle ne l'était plus. " 

 (Abbé Casti, L’épouse cousue, conte italien, 1765)

Illustration : Jean-Honoré Fragonard, L’instant désiré. Collection George Ortiz (1927-2013) / photo Maurice Aeschimann.

"L'Instant désiré montre, sur un lit, un garçon embrassant une fille. Ce pourrait n'être qu'une banale grivoiserie, mais l'élan passionné de l'amante, dont le corps nu forme une oblique qui commande la composition de tout le tableau, les bras enlacés, les visages à peine indiqués s'enlevant sur le fond indistinct de l'alcôve, tout est calculé pour rendre sensible le secret émoi de la chair." (Georges Brunel, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres, conservateur des objets d'art des églises de la Ville de Paris)

 


 

lundi 21 septembre 2026

Champagne !

"À la deuxième représentation d'Iphigénie en Tauride de Piccinni (janvier 1781), Mlle Marie-Joséphine Laguerre, (1755-1783) parut sur la scène ivre, au point qu’après la fin du premier acte, elle tomba sur une figurante qu'il fallut aussitôt plonger dans un bain.

(Une fois) soulagée, Mlle Laguerre put chanter sa partition jusqu'à la fin. On sait, à cette occasion, le mot de Sophie Arnould : "Ce n'est pas Iphigénie en Tauride, c'est Iphigénie en Champagne !"

 

Extrait (note de bas de page) des Souvenirs de Mlle Duthé de l'Opéra (1748-1830), avec introduction et notes de Paul Ginisty.

 

Mlle Laguerre, à la très belle voix (mais "une figure passable et une âme de boue" selon certains contemporains) avait en effet la détestable habitude de se surexciter, quand elle chantait, par du champagne...

 

Illustration : Philippe Mercier, Le Goût (1689). Yale Center for British Art.

 


 

 

mardi 15 septembre 2026

Le "Pavillon Guimard".

Marie-Madeleine Guimard (1743-1816) fut une artiste célèbre de l’opéra de Paris, grande rivale d’Anne-Victoire Dervieux, autre fameuse demoiselle de l’opéra.

La Guimard, artiste "à la grâce infinie", était très riche, grâce à son talent et surtout grâce à ses amants. Elle se fit construire à Paris en 1773-75, rue de la Chaussée-d’Antin, un splendide hôtel particulier de style grec, intégrant une salle de spectacle d’une jauge de 500 places. L’architecte, le génial Jean-Nicolas Ledoux, réussit à utiliser à merveille une parcelle de terrain de forme ingrate. Il donna à la construction l’allure d’un temple de Terpsichore (rôle vedette de Mlle Guimard !) ; un bas-relief montrant la muse sur son char couronnée par Apollon ornait l’entrée, et le "Pavillon Guimard" faisait l’admiration générale, davantage pour son bon gout que par sa somptuosité. Marie-Madeleine Guimard y menait grande vie, donnant des spectacles en avant-première et des dîners somptueux, dont certains très osés (en clair, des orgies effrénées avec la participation de jeunes filles aux mœurs très libérées).

Le Pavillon Guimard sera malheureusement détruit lors des travaux de réaménagement de Paris du baron Haussmann. La photo (de piètre qualité, j’en suis l’auteur !) en montre la maquette au musée des maquettes des projets et réalisations de J-N. Ledoux à l’extraordinaire Saline Royale d’Arc-et-Senans, dont il est également l’architecte.

L’aquarelle ancienne montre l’entrée principale vue de la cour principale ; la rue de la Chaussée-d’Antin est dans le dos du spectateur, bordée par les écuries et les communs, au-dessus desquels se trouvait la salle d’opéra.

Pour le plaisir, je joins aussi ce portrait de Marie-Madeleine Guimard vers 1772 par Jean-Honoré Fragonard (Munich, Alte Pinakothek).

 




 

 

dimanche 13 septembre 2026

Conversation dans mon salon

- Je ne sais pas ce que tu as fait de ta nuit, mais tu me parais bien rouge, ce matin...

- Et toi ? Tu ne t'es pas regardée ! 


 

 



 

 

dimanche 6 septembre 2026

Marie de Louvencourt.

Parmi les femmes poètes du XVIIIe siècle, qui en compta beaucoup, citons Marie de Louvencourt (1680-1712), que seuls certains mélomanes connaissent encore.

Elle naquit à Paris en 1680. Belle, modeste, d’une conversation pleine de charme, cette amie de Mme de Scudéry écrivit essentiellement des cantates, mises en musique par les plus célèbres compositeurs de son temps. Elle chantait d’une voix brillante, en s’accompagnant au théorbe, un instrument imposant, sorte de grand luth créé en Italie à la fin du XVIe siècle. Jean-Jacques Rousseau ne l’a guère ménagée dans ses écrits, mais on disait à l’époque que c’était parce qu’il était jaloux de son succès. Il est vrai que Jean-Jacques était également auteur de cantates… Voici un court extrait de L’amour piqué par une abeille, une cantate composée peu de temps avant sa mort à 32 ans. La musique était de Nicolas Clérambault (1676-1749), célèbre compositeur et organiste de la période baroque :

 

« Je me meurs, je succombe à ma douleur mortelle,

Dit à Vénus l'Amour en soupirant.

Vénus sourit de sa douleur amère,

Elle guérit bientôt sa blessure légère,

Et par ces mots, apaise son tourment :

Charmant vainqueur, tu nous exposes

A des maux cent fois plus pressants.

Par les peines que tu ressens,

Juge des maux que tu nous causes... »

 

-       Illustration : Jean-François de Troy (1679-1752), Vénus et l'Amour piqué par une abeille. Angers, Musée des Beaux-Arts. (Photo RMN-Grand Palais / Benoît Touchard)

 

 

mardi 1 septembre 2026

La scandaleuse Mademoiselle Deschamps...

Mlle Deschamps, (1730-1764) était une comédienne, et surtout une courtisane célèbre. À une période de sa vie, se trouvant dans la gêne, elle vendit ses meubles. Cette vente fit sensation. Les années passant, elle deviendra une usurière qu’aucun argument ne pouvait attendrir... Favart (célèbre auteur en son temps pour le théâtre et l’opéra, 1710-1792) évoque cette fille dans ses Mémoires :

" La demoiselle Deschamps, ci-devant médiocre figurante à l'Opéra, pour réparer les brèches que le luxe le plus insolent et le plus outré avait faites à sa fortune, commença, il y a quelques années, par vendre une partie de son mobilier, qui était de la plus grande richesse. (...) Parmi beaucoup de meubles superbes, restes de la magnificence d'un de nos princes du sang, qui n'avait pas dédaigné des appas flétris par 20 ans de service dans l'art de Phryné, il fut vendu une baignoire d'argent massif, dont on devine bien l'usage, ornée d'une garniture de dentelle d'Angleterre qui fut achetée par une duchesse et transportée sur sa toilette."

 

On trouve dans le Journal des inspecteurs de Monsieur de Sartines de nombreux échos de la vie scandaleuse de Mlle Deschamps :

"Le fils d’un riche financier se trouvant au petit lever de la Deschamps, fut tellement épris de son lit, qui lui semblait respirer la volupté, qu’il lui proposa de l’acheter sur-le-champ, dans le beau désordre où il se trouvait, avec promesse de coucher dès le soir même dans les mêmes draps, ce qui était un article important du marché. Le lit lui fut vendu 5,000 francs, circonstances et dépendances, et fut payé une heure après."  

Le tableau libertin de Pierre-Antoine Baudoin ci-dessous (collection privée) pourrait illustrer la scène !

 


 

 

samedi 22 août 2026

La magie des frères Asam...

Les frères Cosmas Asam (1686-1739) et Egid Asam (1692-1750), peintres, sculpteurs et stucateurs, sont de grandes figures du baroque tardif ou rococo. Ils ont beaucoup travaillé ensemble dans le sud de l’Allemagne, en Suyisse, au Tyrol, etc.

Leurs noms sont attachés à des édifices prestigieux, telles l’église de l’abbaye de Weingarten ou l’église de la Trinité à Munich. Je viens de visiter celle d’Ingolstadt en Bavière (Asamkirche Maria de Victoria), terminée en 1734 : une pure merveille…

 (Photos de l'auteur).

 

 





lundi 17 août 2026

Fessée !

Mme de Rastard

(…) Tourne-toi, lève ça !

 

Mme Dodo

Ail ! Ôyez donc cette morveuse qui veut donner le fouet à une femme comme moi.

 

Mme de Rastard

Tourne-toi comme il faut seulement, et tu verras, bon... bon... Tiens-toi debout et ne remue pas.

 

Mme Dodo

Oh ! ça est impossible, ça ne se fait bien qu'en trottant... Eh bien ! ça s'appelle-t-il le donner beau ? Allez... allez... Plus fort !... Plus fort... Ah ! ça va, ça va... De petits coups à cette heure...Encore... Vite, vite... Allons... Fort !...

 

Extrait de « Tableau des mœurs du temps dans les différents âges de la vie », par Crébillon Fils, 1750.

 

Illustration : Mädchenschule (Correction dans une école de filles) peinture sur cuivre de 1789 de l'artiste autrichien Adam Johann Braun (1748-1827).

 


 

 

 

mercredi 12 août 2026

Un médecin libertin...

"Jouissez, Phyllis, jouissez de vos charmes : n’être belle que pour soi, c’est l’être pour le tourment des hommes."

Julien Offray de La Mettrie, L’art de jouir, 1746.

 

La Mettrie (1709-1751) était un médecin libertin et un philosophe matérialiste. Pour lui, "les phénomènes psychiques doivent être représentés comme les effets de changements organiques dans le cerveau et le système nerveux" (Wikipédia). Ses principaux ouvrages sont "l’homme machine" et "L’Art de jouir".

Très honoré et estimé en son temps, membre de l’Académie de Berlin, il célébrait les plaisirs sensuels, ce qui ne l’empêcha pas d’être nommé médecin des enfants royaux par Louis XV. Ses détracteurs affirmèrent que sa sensualité avait eu raison de lui, puisqu’il était mort d’une indigestion !

Illustration : "Académie de femme nue", estampe de Louis Jean François Lagrenée, 1771.

 


 

 

 

samedi 8 août 2026

Destins croisés...

Adélaïde Labille-Guiard (1749–1803) était la fille d’un mercier propriétaire d’une boutique de mode parisienne, "À la toilette", rue de la Ferronnerie. Dans cette boutique, fréquentée par le beau monde, travaillera Jeanne Bécu, belle jeune femme très dévergondée, la future Madame du Barry, maîtresse du roi Louis XV (elle mourra guillotinée en 1793). Jeanne Bécu va nouer avec Adélaïde, la future peintre, une solide amitié. Destins croisés, si différents…

À vingt ans, Adélaïde épouse Nicolas Guiard, commis auprès du receveur général du Clergé. En 1799, la Révolution ayant rendu le divorce possible, elle épousera en secondes noces un peintre François-André Vincent. Après une formation de miniaturiste et de pastelliste, elle poursuivra sa formation à l’Académie de Saint-Luc, ouverte aux femmes. Artiste reconnue, elle sera pensionnée par le roi, puis par la République en dépit de divers soucis durant la Révolution…

L’un de ses tableaux les plus célèbres est un autoportrait de 1785 (New York, MMA), la montrant en compagnie de deux de ses élèves, Marie-Gabrielle Capet et Marie-Marguerite Carraux de Rosemond. Adélaïde porte une robe somptueuse : réminiscence de la boutique familiale "À la Toilette" ?

 


 

 

lundi 3 août 2026

Miroir, mon beau miroir...

"Miroir : Glace de verre ou de crystal, qui étant enduite par derrière avec une feuille d'étain & du vif-argent, rend la ressemblance des objets qu'on lui présente".  Dictionnaire de l'Académie française. Quatrième Édition, 1762.

Se regarder, s’examiner, voilà bien une préoccupation éternelle... Au XVIIIe siècle, les grands miroirs coûtaient des fortunes, et on ne savait guère fabriquer, sinon en en plusieurs morceaux. Les femmes disposaient de petits miroirs à poser sur une toilette, recouverts d’un linge pour les protéger des dépôts des chandelles et de la cheminée. Si le maquillage et la pose des mouches ne posaient pas de problème, l’examen de certaines parties du corps nécessitait des contorsions et l’aide d’une servante. C’était évidemment un sujet intéressant pour les peintres, comme cette jeune fille examinant sa poitrine avec un certain air de satisfaction (pastel d’un suiveur de Boucher).

Le miroir permet aussi de subtils effets de lumière, comme dans cette toile de 1720 de Jean Raoux (1677–1734), où une jeune femme en belle robe bleu et rouge contemple son joli collier de perles (Wallace Collection, Londres).

La voluptueuse sultane que montre Jean-Baptiste Leprince (huile sur cuivre de 1775, Metz, Musée des Beaux-Arts) est moins préoccupée par son visage que par une autre partie de son corps. L’image que lui renvoie le miroir tenu par sa servante semble la satisfaire.

Enfin, dans cette « scène galante » d’Antoine Pesne (Stiftung Preußische Schlösser und Gärten Berlin-Brandenburg), le miroir devient un accessoire du jeu érotique des deux amants. Antoine Pesne, qui était peintre de la Cour de Prusse, applique en cela les conseils que lui a donnés Frederic le Grand dans son « Poème adressé au sieur Antoine Pesne » :

« Abandonne tes saints entourés de rayons,

Sur des sujets brillants exerce tes crayons,

Peins-nous d’Amaryllis les danses ingénues,

Les nymphes des forêts, les Grâces demi-nues,

Et souviens-toi toujours que c’est au seul amour

Que ton art si charmant doit son être et le jour. »

 

Antoine Pesne 

 


Jean-Baptiste Leprince

 


Jean Raoux

Un suiveur de Boucher

 

mardi 28 juillet 2026

Angélique et Médor, ou l'histoire d'une fidélité.

L’Orlando furioso (Roland furieux) de l’Arioste nous raconte comment Angélique, fille du roi de Chine, courtisée par de nombreux chevaliers (dont Orlando et un certain Sacripant), tombe amoureuse de Medoro (ou Médor), jeune soldat sarrasin blessé, revenu la nuit sur le champ de bataille pour récupérer le corps de son capitaine afin de lui donner une sépulture. Follement amoureux, Médor grave leur nom un peu partout, sur les rochers et dans l’écorce des arbres :

"Parmi tant de plaisirs, là où Médor voyait un bel arbre ombrager source ou pur ruisseau, il enfonçait dedans quelque pointe ou couteau, et aussi dans un roc moins dur, s’il s’en trouvait ; et dehors en mille endroits était écrit, de même en mille endroits sur les murs de la maison, « Angélique et Médor », de diverses manières ensemble entrelacés par des nœuds différents".

Le sujet a souvent été repris par les peintres ; ainsi ce joli lavis de Giovanni Battista Cipriani (Florence 1727-Hammersmith 1785) ou cette toile d’Abraham Bloemaert peinte vers 1620-30 (Musée Chéret, à Nice).

J’ai dû partiellement flouter la belle gravure d’Augustin Carrache (Agostino Carracci, 1557-1602), qui montre les deux amants dans une posture digne du Kamasutra, afin d'en supprimer un certain détail anatomique de Médor. Je déteste abîmer ainsi une œuvre, mais les censeurs sont prompts...

Les spécialistes voient dans cet épisode des deux amants dans la nature, gravant leurs noms sur les roches et les arbres, l’une des origines du genre de la pastorale, si important au XVIIIe siècle.

Question subsidiaire : d’où vient cette vieille pratique (française) de dénommer son chien Médor ? Parce que l’amoureux d’Angélique incarne la fidélité, peut-on imaginer ! Il y eut à Paris un chien Médor célèbre, le "chien du Louvre". Il veilla fidèlement la tombe de son maître, tué en 1830 durant les Trois glorieuses, et enterré au pied de la colonnade du palais royal. Ce Médor devint une vraie vedette pour les partisans du nouveau régime.

 

Agostino Carracci

Abraham Bloemaert

Giovanni Battista Cipriani

 

 

mercredi 22 juillet 2026

Un sujet intemporel...

 Ah, les belles infidèles, sujet intemporel…

"Il y a des femmes qui, en faisant des agaceries, n’ont d’autre objet que d’engager un amant ; quelquefois c’est une simple habitude de coquetterie. Il y en a d’autres qui seraient insensibles au plaisir de s’attacher à un homme, si elles ne l’arrachaient à une maîtresse. J’en trouvai une de ce caractère, et malheureusement elle me plut…"

(Extrait des Confessions du Comte de ***, de Charles Duclos, 1741).

Et voici une vision plus maniérée de l’infidélité, trouvée dans le Journal des Dames de janvier 1762:

"Je voyais Ismène infidèle,

Ouvrir son cœur à d’autres feux.

Je la voyais toujours plus belle,

Et j’en étais plus malheureux.

Au sein de la tristesse même

S’exhalaient mes vives douleurs.

De son bandeau le Dieu suprême,

L’Amour, accourut sécher mes pleurs.

Au lieu d’en essuyer mes larmes,

Mets-le sur mes yeux, Dieu charmant,

La cause hélas de mes alarmes

Finit à mon aveuglement."

Illustration : Antoine Vestier (1740-1824), tête de femme couronnée de roses, 1789, Musée des Beaux-Arts de Tours.

 


 

vendredi 17 juillet 2026

Canicule toujours...

"Mon Dieu, dit-elle, mon ami, quelle chaleur il fait aujourd'hui, en vérité on étouffe. C'est, répondit-il, que nous sommes dans les jours caniculaires. Voici, continua-t-elle, en se couchant à demi, un admirable canapé pour la commodité. Oui, repart-il, rien n'est plus commode. J'y fais la méridienne depuis dix ans…"

 

Extrait du Canapé couleur de feu, par Fougeret de Montbron, 1714.

Je vous épargne la suite du récit, qui est carrément torride !

 

 

samedi 11 juillet 2026

Canicule encore...

Au XVIIIe siècle, les grandes demeures possédaient de vastes glacières, qu'on utilisait tout l'été pour la conservation des aliments et la confection des desserts ; mais la climatisation n’avait pas encore été inventée ! Une expression française évoquait la meilleure façon de supporter les nuits d’été suffocantes : on dormait alors "à l’italienne". Cela signifiait tout simplement qu’on se couchait sans chemise et au-dessus des draps. Nul doute que la méthode est encore pratiquée de nos jours !

Illustration : femme pressant un coussin, miniature de Jacques Charlier

La forme vaguement anatomique du coussin en dit long sur les rêves qui traversent l'esprit de cette jeune femme...

Peintre miniaturiste remarquable, Jacques Charlier (1706-1790) reçut des commandes de Louis XV et de Madame de Pompadour. Élève de François Boucher, il a reproduit de nombreuses œuvres de son maître et d’autres grands peintres de son temps. 

 


 

mercredi 8 juillet 2026

Amoureux d'une novice (ou la lettre à double lecture)

Pierre-Jean-Baptiste Choudard, dit Desforges (1746-1806) est un acteur, auteur et homme de lettres, auteur de romans, livrets d’opéra et poèmes révolutionnaires. Il rapporte dans ses mémoires (1798) combien il était amoureux d’une jeune religieuse, sœur Sainte-Agathe, enfermée au couvent. Heureusement, sa sœur se trouve également dans ce même couvent ; des visites et échanges de lettres sont donc autorisés. La rusée jeune fille adresse à son frère une lettre dont la colonne de gauche peut se lire indépendamment. L’avenir s’éclaire alors pour le galant !

"Le bonheur de plaire à sœur Sainte-Agathe me présageait celui de la posséder, si je trouvais le secret d'un rapprochement, comme l'indiquait la lettre. J'appliquai dès lors toutes mes facultés inventives, je tendis tous les ressorts de mon imagination pour tâcher de m'ouvrir un chemin jusqu'à mon idole"…

Illustrations : 

- Desforges dans le rôle d'Argante des Fourberies de Scapin (gravure de Galard, vers 1775). 

- La lettre à double lecture.

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mercredi 1 juillet 2026

Minois...

"Tête de jeune fille regardant vers le bas à droite" - François Boucher, collection privée.

Voilà bien ce qu’au XVIIIe siècle, on appelait un minois à déranger la tête de Jupiter ! 

 


 

 

jeudi 25 juin 2026

Canicule...

La canicule n'a jamais empêché de lire un bon roman, quitte à faire un petit somme entre deux chapitres ! Il suffit de savoir adapter ses vêtements à la température. 

(Toile de Delphin Enjolras, peintre français,1865-1945, spécialiste des scènes intimistes). 


 

lundi 22 juin 2026

L'amour est un devoir !

Ce Jupiter qu’on peint si fier & si cruel,

Plongé dans les douceurs d’un repos éternel,

De ce que nous faisons ne s’embarrasse guère.

Ses regards déployés sur la nature entière

Ne se fixent jamais sur un faible mortel.

Va, crois-moi, le plaisir est toujours légitime ;

L’amour est un devoir, l’ennui seul est un crime.

 1778 - Poésies érotiques (Évariste de Parny, 1753-1814)

Illustration : Bernard Picart - Sémélé consumée par le feu de Jupiter - 1731  

Bernard Picart (1673-1733) est un dessinateur et graveur français prolixe, habile à imiter le style des grands maîtres. L'une de ses œuvres les plus connues est Le parfumeur, une gravure on ne peut plus scatologique ! 

 


 

 

vendredi 12 juin 2026

À ma bouteille...

À ma bouteille.

 

Viens, ô ma Bouteille chérie,

Viens enivrer tous mes chagrins.

Douce compagne, heureuse amie,

Verse dans ma coupe élargie

L’oubli des dieux & des humains.

Buvons, mais buvons à plein verre ;

Et lorsque la main du sommeil

Fermera ma triste paupière,

Ô Dieux, reculez mon réveil !

Qu’à pas lents l’aurore s’avance

Pour ouvrir les portes du jour :

Esclaves, gardez le silence,

Et laissez dormir mon amour.

 

1778 - Poésies érotiques (Évariste de Parny)

 

Illustration : nature morte (lièvre, canard, bouteilles, pain et fromage) Oudry, 1742, Musée du Louvre.

 


 

 

Des explorateurs-espions...

"Au cours du XIXe siècle, les Britanniques envoyèrent des explorateurs-espions au-delà de l’Himalaya, dans le but de remplir les immens...