« Le sieur Schmit, Allemand, jouant très bien de la flûte traversière, et connu avant cette guerre pour être le Mercure de presque tous les seigneurs étrangers qui arrivaient à Paris, depuis les préliminaires de la paix commence à reprendre ses anciens errements. En conséquence, il est venu se loger à l’hôtel de Londres, faubourg Saint-Germain, qui est le quartier des étrangers, et a débuté par annoncer au prince de Limbourg une certaine Allemande, connue ci-devant chez la Héquet sous le nom de Coring, aujourd’hui vivant avec un perruquier de femmes, dont je ne me rappelle pas le nom. Il lui a vanté cette fille comme un morceau précieux. Effectivement, elle est très jolie, mais encore plus mauvais sujet. Le prince a donné volontiers dans le piège, et a fait présent à cette sultane d’une fort belle montre et de 12 louis. Schmit, pour ne point exposer la santé du prince, avait eu soin, quelques jours auparavant, de vérifier les appas de cette princesse, car il n’aime point les reproches ; il a cela de bon. »
(Mémoires secrets des inspecteurs de M. de Sartines, 19 novembre 1762)
Philipp Ferdinand von Limburg Stirum (1734-1794), comte de Limbourg, seigneur de Stirum, avait été fait prince en 1766 par le Parlement de Paris. Connu pour son mode de vie extravagant et fastueux qui l'a conduit à la faillite et à la prison pour dette, il a été l'amant d’une autre figure extravagante du siècle, la "princesse Tarakanova". Il faillit l’épouser en 1773, alors qu’elle se faisait passer pour la sultane Aly Emetey, fondatrice de l’Ordre de la Croix d’Asie… La vie de cette femme, très belle et talentueuse (polyglotte, jouant très bien de la harpe...), aux origines inconnues (y compris d’elle-même), fut un incroyable roman. Se prétendant la fille de l'impératrice de Russie Élizabeth Ière et de son amant Alexis Razoumovski, elle déclara ses prétentions au trône russe en 1774. Elle mourra en prison à Saint-Pétersbourg sans avoir reconnu son imposture.
Illustration : Visite chez le médecin (détail) - Balthasar Van Den Bossche (1681-1715). Collection privée.

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