mercredi 23 septembre 2020

Ermites et nains de jardin

Au cours du XVIIIe siècle, beaucoup d’aristocrates anglais cédèrent à la mode de faire construire dans les parcs de leurs châteaux, en plus d’autres "folies", des ermitages. Ces constructions, fausses grottes ou simples cahuttes, étaient parfois décorées d’ossements. Afin d’en renforcer l’effet, on décida de payer des pauvres gens, de préférence barbu, déguisés en ermites négligés. Ils y faisaient de la figuration pour les promeneurs, et déambulaient dans les allées avec interdiction de parler. Le concept "d’ermite d’ornement", ou "ermite de jardin", était né. Trouver de bons candidats était compliqué, et beaucoup d’ermites furent licenciés car trop souvent aperçus dans les pubs des alentours. En 1730, la reine Caroline, épouse de George II d’Angleterre, embaucha pour son ermitage de Richmond Park le poète Stephen Duck. Parfois, fatigués des frasques de leurs ermites, certains propriétaires les remplaçaient par des mannequins de cire. Un certain John Hill alla même jusqu’à engager un vrai religieux, le Père Francis. Quand ce dernier mourut, après 14 ans de service, il en fit faire une marionnette, agitée devant les visiteurs par un manipulateur caché derrière qui en même temps récitait des vers. Il faudra attendre la fin de l’ère romantique, vers 1850, pour que l’intérêt pour les ermites de jardin commence à décliner.

Reconnaissons que la mode contemporaine des nains de jardin est beaucoup plus commode.

 


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