vendredi 24 mars 2023

Les Chevaliers de la Mouche à Miel…

Anne-Louise-Bénédicte de Bourbon (1692-1753), fille du Prince de Condé et de la princesse Palatine, avait épousé le duc des Maine, bâtard légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan. Elle le suivit (ou l’entraîna ?) dans divers complots qui leur valurent à tous deux des séjours en prison. Sa vie fut si romanesque que Dumas en fit un roman, Le chevalier d’Harmental.

Une fois plus ou moins retirée de la politique, la duchesse entretint dans son château de Sceaux une nombreuse troupe d’amis, dont des écrivains, savants et artistes. Elle donna des fêtes grandioses (parmi lesquelles les fameuses seize « grandes nuits de Sceaux », entre avril 1714 et mai 1715), avec poésies galantes, théâtre de société, bals, ballets, cantates, tragédie grecque et opéra-comique...

La duchesse du Maine était violente, voluptueuse, dotée d’un tempérament de feu. Elle était également de petite taille, comme toute sa famille. Ces caractéristiques réunies lui valurent divers sobriquets, telles la "poupée de sang", ou encore "la mouche à miel" (l’abeille). Prenant les moqueurs au mot, elle fonda en 1703 un ordre dit de la Mouche à miel, parodie des ordres de chevalerie ou maçonniques. Il comprenait 40 membres, comme la Comédie Française ! L’abbé Genest, Malézieu, Voltaire, Montesquieu, Mmes de Staël, de Rohan, de Croissy, du Deffand, Fontenelle, d’Alembert, le marquis de Pompadour, etc. en étaient membres.

On était reçu dans l’ordre au cours d’une cérémonie solennelle, en jurant de se soumettre aux instructions de la « dictatrice du palais enchanté de Sceaux ». Par exemple, on ne devait jamais quitter la danse, même si « vos habits sont percés de sueur et que l’écume vous vient à la bouche ». Tous les chevaliers arboraient une médaille en or suspendue à un ruban jaune citron. Sur l’avers, le profil de la duchesse entouré de la légende "L.BAR. D. SC. D. P. D. L. O. D. L. M. A. M." pour "Ludovise baronne de Sceaux, dictatrice perpétuelle de l'ordre de la Mouche à miel". Au revers, une abeille volant vers une ruche entourée de la devise "Piccola si, ma fa pur gravi le ferite" (Petite, mais elle fait de profondes blessures).

En cas d’infraction aux règles, la dictatrice distribuait de sévères punitions : c’est ainsi que Mlle de Moras qui avait commis le crime insigne d’égarer sa médaille, dut la récupérer cachée dans un pâté tout en chantant un poème de louanges à la duchesse...

 

-       La médaille de l’ordre.

-       Portrait de la duchesse par Pierre Gobert (1662–1744), Musée du Domaine Départemental de Sceaux.

-       Le château de Sceaux vers 1720. À l’origine propriété de Colbert, ce château fut rasé à la Révolution ; l’actuel château de Sceaux datant du XIXe siècle.

 

 


 

 



 

 


dimanche 19 mars 2023

Manon et Giacomo

Le magnifique portrait ci-dessous, datant de 1757, est considéré à juste titre comme l’un des chefs-d’œuvre de Jean-Marc Nattier. Derrière le visage de Manon, si beau et si touchant, toute une histoire…

Marie-Madeleine, dite Manon (1740-1776), était la fille de Silvia Balletti (1701-1758), actrice de la comédie italienne. Quelques mots au passage sur la mère, qui se prénommait en réalité Zanetta, mais avait choisi le pseudonyme de Silvia, un personnage de la Commedia dell’arte. Notons que Silvia fut une interprète majeure des pièces de Marivaux, qui en écrivit plusieurs pour elle, dont, excusez du peu, Le Jeu de l'amour et du hasard (1730). Silvia était aussi la meilleure amie d’un proche de Giacomo Casanova. Sa fille Manon n’avait que dix ans quand Casanova la vit pour la première fois, chez ses parents à Paris.

Plus tard, alors que Casanova avait trente-deux ans et Manon dix-sept, il la revit et en tomba éperdument amoureux ; un amour réciproque.

Pendant trois ans, de 1757 à 1760, Manon habita chez lui, à Paris, rue du Petit Lion (St-Sauveur). Elle était disposée à consentir beaucoup de sacrifices pour lui : par exemple, alors qu’il était en prison pour dettes, elle lui offrit deux superbes boucles d’oreille en diamant pour l’en faire sortir. Comme il était souvent absent (en voyage, en prison, ailleurs…) elle écrivait beaucoup à celui qu’elle appelait dans ses lettres "Mon amoureux, mon mari, mon ami". On a conservé 42 lettres d’elle, qui ont été publiées (Mon cher Casanova : lettre d’amour de Manon Balletti, Paris : Maximilien Vox, 1945. - 58 p). Elles témoignent d’un amour passionné :

"…Je vous aime, je ne puis le nier (que cet aveu vous serve à m'aimer davantage et non pas à vous en glorifier, car, qu'y gagneriez-vous ?). Je vous aime donc, enfin. Je vous ai vu partir avec le chagrin que ressent un cœur, lorsqu'il est au moment de perdre ce qu'il aime ; il a fallu contraindre ma douleur, ne la pas montrer à un tas de gens curieux qui semblaient m'examiner avec une pénétration barbare..."

"…Je vous attends à présent, vous. Ah ! si vous lambinez, vous devez sentir, mon cher ami, autant d'impatience que moi ; si vous m'aimez, arrivez donc ! Je quitte la plume à chaque moment pour vous attendre !... Ah ! vous voilà ! " (Avril 1757)

À la demande de Casanova, qui songeait à l’épouser, Manon rompit ses fiançailles avec son professeur de clavecin. Cela n’empêchait pas l’illustrissime cavaleur d’entretenir de multiples liaisons en parallèle…

Finalement, Manon comprit que leur relation était sans avenir, et elle finit par épouser en 1760 un veuf de 55 ans, le célèbre architecte Jacques-François Blondel, au grand regret de Casanova.

Manon mourut à l’âge de 36 ans, et Casanova s’accusa dans ses mémoires d’avoir par son comportement abrégé sa vie.

 


 

 


mercredi 15 mars 2023

Lequel des deux est le meilleur médecin ?

Il arrivait fréquemment au XVIIIe siècle qu’un peintre ne se voie pas commander un seul tableau, mais deux : les pendants étaient très à la mode. Les deux toiles, de même format, traitaient en général des sujets non pas forcément semblables, mais de même esprit. J’aime beaucoup ces deux-ci, de Jean-Baptiste Leprince (1734-1781) : " la leçon futile" et " le médecin aux urines" (1772-73). Ils ont en commun de montrer des scènes familiales privées, traitées avec humour. À noter que les vêtements et le cadre des deux toiles sont de style russe, Leprince ayant voyagé plusieurs années en Russie.

 
La première toile montre une jeune fille convoquée devant le tribunal familial : au sol, son coffret personnel, ouvert par ses parents, où elle cachait ses lettres d’amour et le portrait en miniature de son chéri. Sa mère, le portrait en main, lui fait les gros yeux et réclame des explications. Sa grand-mère lit sans vergogne l’une des lettres. Le père semble également mécontent, mais est-ce bien la réalité ? Une esquisse de sourire peut laisser penser qu’il est prêt à tout pardonner à sa fille. Celle-ci, très belle dans sa robe nacrée, affiche un air repentant… tout en s’emparant d’un nouveau billet que lui glisse discrètement sa servante…

La seconde toile nous montre un médecin, canne en main, ridiculement vêtu et enturbanné comme un prince d’Orient, examinant à la lumière de la fenêtre les urines d’une malade alitée. Il est grave et très concentré. Le jeune garçon et les deux femmes présentes ont du mal à contenir leurs sourires, c’est dire la confiance qu’on lui accorde. Notons que la malade - également souriante et au demeurant fort dépoitraillée - cache dans la ruelle du lit un galant occupé à lui baiser la main. On peut parier que des deux, c’est l’amant qui sera le meilleur médecin…
 


 

vendredi 10 mars 2023

Tatouage !

"Tatouer : Terme de Voyages, qui désigne l'usage où sont les Sauvages de l'Amérique de peindre, piquer, barioler leur corps de différentes figures et de diverses couleurs". (Dictionnaire de l'Académie française. Cinquième Édition. T.2, 1798).

"— Ce signe sur tes reins ?

— Un petit tatouage idiot, une mode de mon époque. Mais j’en sais assez sur ton siècle pour comprendre qu’il est impossible à tes yeux qu’une femme puisse se livrer à de telles pratiques de sauvages !"

(Extrait de Le voyage de Ziska, collection Incursions temporelles, aux Éditions du 38.)

Illustration : Louis Jean François Lagrenée dit l’Aîné (1725-1805), Mars et Vénus, allégorie de la paix (1770), Paul Getty Museum, Los Angeles.
Le sujet avait été proposé à Lagrenée par Diderot au Salon de 1767.


dimanche 5 mars 2023

La marchande d'Amours...

"La marchande d'Amours" est une fresque découverte en 1759 dans la villa d’Ariane, lors des fouilles archéologiques de l'ancienne ville de Stabies (Stabiae), située non loin du Vésuve. Elle est conservée au Musée Archéologique National de Naples. On y voit une marchande proposant à deux femmes des amours qu’elle tient par les ailes comme de la volaille !

La découverte de cette fresque au sujet charmant et amusant a rencontré un énorme succès au XVIIIe siècle.

En 1763, Joseph-Marie Vien (Montpellier 1716- Paris 1809) en fait un tableau, offert à la du Barry qui l’accroche dans son château de Louveciennes. Confisquée à la Révolution, la toile ira en 1837 orner l’antichambre de l’appartement de la duchesse d’Orléans, belle-fille de Louis-Philippe, au château de Fontainebleau. Il y est encore.

Diderot vit dans cette œuvre une sorte de manifeste du néoclassicisme. La toile s’inscrit en effet dans le goût "à la grecque"
(drapés des robes, pilastres cannelées…) qui dominera la période suivante, bien que par de nombreux traits, dont par exemple la délicatesse des carnations, elle reste très XVIIIe.

Jacques Firmin Beauvarlet (1731-1797, graveur français très apprécié en son temps), en fit une jolie gravure, et le sculpteur nancéen Clodion Adam un superbe bas-relief en terre cuite.

 

 




 

lundi 27 février 2023

Vénus frigorifiée...

Tant que l'hiver est là, parlons encore froidure...

« Sine Cerere et Libero friget Venus » (Sans Cérès ni Bacchus, Vénus est transie – le dieu Liber étant une forme archaïque de Bacchus). Cette phrase, on l’aura compris, signifie que sans bon vin ni bonne chère, le sentiment amoureux ne s’échauffe pas… Elle est extraite d’une comédie de Térence (190 av. J.-C. - 159 av. J.-C), Eunuchus, acte 4 scène 5, et était déjà proverbiale à son époque (elle le restera longtemps) :

  

Chremes :

Quis est ? Ehem, Pythias. Vah, quanto nunc formonsior videre mihi quam dudum !

Pythias:

Certe tuquidem pol multo hilarior.

Chremes :

Verbum hercle hoc verum erit : sine cerere et libero friget venus.

 

Chrémès :

Qui va là ? tiens, Pythias ! Oh ! Comme tu me parais à cette heure plus jolie que tantôt !

Pythias :

Ce qui est certain, c'est que toi, tu es beaucoup plus gai.

Chrémès :

Par hercule ! Le proverbe dit vrai : sans Cérès et Bacchus, Vénus est transie !

 

Il y avait là un sujet plaisant pour les peintres, y compris ceux du XVIIIe siècle. Ainsi cette toile anonyme d’un artiste du cercle de Boulogne l’Aîné, Vénus, Bacchus et Cérès. Il s’agit en fait d’un dessus de porte (d’une série de 4) de la salle à manger du château de Meudon, saisi à la Révolution et conservé au Louvre.

Par le passé, de nombreux artistes, parmi les plus grands, s’y étaient déjà essayés : ainsi Hendrik Goltzius (1558–1617) avec cette belle huile et encre sur toile, aux reflets de nacre et d’ivoire. Jean Mile s’est également emparé du sujet, et sa trilogie Vénus Cérès et Bacchus, échange des regards chargés de douces promesses ; sûr de son succès, Cupidon virevolte joyeusement.

On comprendra que sur ces œuvres, Vénus, entourée de Cérès et Bacchus, ne saurait avoir froid ; la présence de Cupidon très en forme atteste de cette chaude température. Il en va tout autrement sur la toile de Rubens : assise sur un drap rouge, Vénus est frigorifiée, et on croit voir trembler ses chairs opulentes. Assis sur son carquois inutile, le petit Cupidon est également transi ; Bacchus, à peine visible dans les ténèbres, n’est pas en meilleur état. Cérès n’étant pas là, les conditions nécessaires à l’échauffement des sens ne sont pas réunies. Le proverbe de Terence prend alors tout son sens, et dans cette triste situation, Vénus inspire davantage la pitié que l’amour.


Illustrations :

-       Hendrick Goltzius - Sine Cerere et Libero friget Venus, c. 1600-1603 - Philadelphia Museum of Art.

-       Jean Miel (1599-1663, peintre flamand actif en Italie) Vénus, Bacchus et Cérès, Musée du Louvre.

-       Pierre Paul Rubens (1577-1640), Venus frigida, 1611, Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers.

-       Cercle de Boulogne l’Aîné, premier quart du XVIIIe siècle, Musée du Louvre.

 

 

Pierre Paul Rubens
 


Cercle de Boulogne l’Aîné

Jean Miel

Hendrick Goltzius

dimanche 26 février 2023

La regina nepalese

Prochainement, sortie de mon roman la reine népalaise en langue italienne chez O Barra O Edizioni.

https://www.obarrao.com/libro/9788869681264 

In una remota regione del Tibet, un giovane archeologo europeo viene condotto da un’affascinante nomade in una grotta dove fa una scoperta straordinaria...

 


 


mercredi 22 février 2023

Êtes-vous un "cordon bleu" ?

L’origine de l’expression française "cordon bleu" est incertaine. Certains estiment qu’elle viendrait du fait que les cuisiniers italiens se servaient de cordons bleus pour attacher les deux escalopes entre elles, d’où le nom de la préparation. Un terme qui s’applique à présent à tous les bons cuisiniers.
Au XVIIIe siècle, le sens de l’expression était très différent : on appelait cordons bleus ceux que le roi avait faits chevaliers de l’Ordre du saint Esprit, le plus élevé de l’Ancien Régime. La croix de l’ordre était habituellement portée suspendue à un large ruban de couleur moirée bleu ciel, de l'épaule droite à la hanche gauche. Cordon-bleu se disait des Chevaliers eux-mêmes : "c'est un Cordon Bleu". Ou encore : "ll se trouva en cette assemblée quatre ou cinq cordons bleus".
Un subtile glissement de sens entre la croix et l’escalope semble s’être opéré au cours du XIXe siècle… En tout cas, la silhouette du comte de Clermont ci-dessous semble une bonne synthèse entre distinction royale et plaisirs de la table !
Illustrations :
- Louis de Bourbon, comte de Clermont, par François-Hubert Drouais (1727-1775) (Paris, Musée de la franc-maçonnerie).
- Une escalope cordon bleu (Wikipedia).
 


 

 

jeudi 16 février 2023

Les hasards de la vertu...

Avec son bonnet de guingois, son air un peu surpris et un brin narquois, je trouve cette jeune fille assez amusante. Il s’agit d’un portrait (peint vers 1735, Yale Center for British Art) par l’artiste britannique Joseph Highmore (1692-1780).
Le portrait était avec la peinture d’Histoire, la spécialité de Joseph Highmore, artiste très célèbre en son temps, qui fut aussi illustrateur et même essayiste. Marié à la poétesse Susanna Highmore, le couple eut quinze enfants.
Highmore illustra le roman épistolaire de Samuel Richardson "Paméla ou la Vertu récompensée" (1740), roman édifiant dont l’héroïne tente de se faire épouser par un noble tout en résistant à ses assauts… et à ses propres tentations. Cette gravure de Hubert-François Gravelot (édition française de 1742 – source : Paris Musées), illustre un épisode particulièrement torride du roman : le jeune homme embrasse la jeune fille dans le cou ("il me baisa deux ou trois fois avec une terrible ardeur…"). Circonstance aggravante, la scène se déroule devant une tapisserie illustrant l’édifiante histoire de la nymphe Daphné transformée en laurier pour échapper aux ardeurs d’Apollon !
Succès international, traduit en plusieurs langues, porté au théâtre, "Paméla ou la Vertu récompensée" a été l’un des ouvrages les plus vendus de son temps, ce qui lui valut railleries et parodies. Le marquis de Sade y fera écho, en donnant à l’un de ses ouvrages libertins le titre "Justine ou les malheurs de la vertu"…



samedi 11 février 2023

L'amant caché !

Les peintres du XVIIIe siècle aimaient titiller le spectateur, en ne racontant qu’un bout d’une histoire. Ils parsemaient aussi leurs toiles d’indices, que le regard aigu de leurs contemporains savaient parfaitement déchiffrer. Ainsi, cette scène de boudoir de Jean-Baptiste Le Prince : une jeune femme en tenue légère, allongée sur un lit en bataille, semble affolée à la vue de quelqu’un, hors cadre, qui entre dans la chambre. Le petit chien se précipite pour faire la fête au visiteur : c’est la preuve qu’il lui est familier. Le fauteuil renversé accroît encore la tension dramatique de la scène. Détail troublant : on remarque deux tasses sur la table à côté de la chocolatière : la jeune femme ne serait-elle pas seule ? On imagine une situation scabreuse, sans en avoir la preuve réelle…
En 1785, Le Mire a tiré de cette toile une gravure (en inversant l’image) et met les points sur les i : à gauche, apparaît la tête du jeune amant, caché dans la ruelle du lit, qui explique l’affolement de la jeune femme. Ce détail (qui n’en est pas un) ne figurait pas sur la toile. Et tout s’explique clairement : comme on s’en doutait, c’est bien le mari, que son épouse n’attendait pas, qui vient d’entrer dans la chambre à ce moment particulièrement mal choisi…
Ci-dessous :
- La Crainte, huile sur toile de 1769, par Jean-Baptiste Le Prince (Metz 1733 - Saint-Denis-du-Port 1781). Collections du Toledo Museum of Art (Le Louvre en possède une copie).
- Aquatinte, gravure par Noël Le Mire (1724-1801).
 


 

mercredi 8 février 2023

Le yak aux cornes d'or.

Vient de paraître ! 

Le yak aux cornes d’or, un roman d’aventures dont l’action se situe au Tibet, vers le milieu du XIIIe siècle. Il prend toutes libertés avec l’Histoire, mais en respecte la trame générale.

La vallée de la Rivière Turquoise est divisée en trois royaumes ; deux sont bouddhistes, le troisième est resté fidèle au vieux chamanisme du Tibet. Chacun des trois rois cherche à prendre l’ascendant sur ses voisins, par la ruse ou la violence. Trahisons, assassinats et enlèvements se succèdent, des complots se trament, des passions se nouent. Le roman fourmille de personnages, parmi lesquels deux se détachent Péma, jeune abbesse réincarnée du monastère de la Conque Blanche, et Sambou, fils du roi des Genévriers-de-Perles, évincé de la succession royale par un cousin fourbe et corrompu. Sambou devra fuir la vallée pour sauver sa vie. Sa revanche sera étonnante…

Le roman est disponible depuis quelques jours, sous forme numérique ou papier, à l'adresse suivante:

https://www.amazon.fr/dp/B0BV2F4B2F 




 

 

lundi 6 février 2023

Alerte enlèvement !

"(…) elle ne fit pas attention à la voiture arrêtée à hauteur de la boutique, ni aux deux hommes campés devant. Elle ne comprit pas ce qui lui arrivait quand des mains l’empoignèrent tandis qu’on lui passait un sac sur la tête. Sans même avoir le temps d’appeler à l’aide, elle fut jetée dans la voiture qui démarra sèchement, dans un claquement de fouet"

Je me suis amusé à placer une scène d’enlèvement dans mon roman Le voyage de Ziska (Éditions du 38),  https://www.amazon.fr/voyage-Ziska-Incursions-temporelles-ebook/dp/B082316PT2/ref=sr_1_1?_encoding=UTF8&keywords=Le+voyage+de+Ziska+Bernard+Grandjean&linkCode=xm2&qid=1574963443&s=books&sr=1-1 en clin d’œil à la littérature du XVIIIe siècle. L'exemple le célèbre est peut-être celle de l’enlèvement de Clarissa Harlowe par l’ignoble Lovelace, dans le roman épistolaire éponyme de Samuel Richardson, un auteur que Jane Austen admirait beaucoup (roman paru à Londres 1748, traduit en français par l’abbé Prévost en 1751). Clarissa, poussée par sa famille à accepter un riche, mais odieux prétendant, s'enfuit avec le libertin Lovelace, qui a conçu pour elle une ardeur d'autant plus forte que Clarissa lui résiste. Lovelace finira par la violer après l’avoir droguée, afin de la forcer à l’épouser. Bien entendu, dans mon roman, de telles horreurs n’arrivent pas à Franziska, jeune fille du XXIe siècle égarée au XVIIIe ! Face au comportement abominable de Lovelace, Clarissa refuse de l’épouser, et meurt de maladie. Le coupable mourra volontairement en duel afin d’expier sa faute.

Clarissa est emblématique du genre "roman sensible", au même titre que L'Ingénu de Voltaire, Les Liaisons Dangereuses de Laclos ou encore La Nouvelle Héloïse de JJ Rousseau. On y retrouve des situations pathétiques et des stéréotypes tels que la jeune fille innocente, le grand seigneur libertin, la rédemption par l'amour et même des scènes sensuelles. L’entrecroisement du vice et de la vertu est une révélation pour le lecteur de l’époque ; l’analyse psychologique des personnages fait de Richardson l’un des fondateurs du roman moderne, et de Clarissa un roman majeur de la littérature britannique.

 




 

Illustrations :

Clarissa Harlowe par Sir John Everett Millais (1829-1896)

Lovelace se prépare à enlever Clarissa, par Francis Hayman (1708-1776)

L’enlèvement de Clarissa Harlowe, par Edouard Louis Dubufe (1819-1883)


mardi 31 janvier 2023

Le soufflet...

 Une gifle assénée à sa femme par un homme politique connu, a récemment occupé le devant de l’actualité politique française. Un soufflet donné au XVIIIe siècle est resté célèbre, mais il est littéraire : celui appliqué sur la joue de Julie par son père dans La Nouvelle Héloïse de J-J Rousseau : "À l'instant, mon père, qui crut sentir un reproche à travers ces mots, et dont la fureur n'attendait qu'un prétexte, s'élança sur ta pauvre amie : pour la première fois de ma vie je reçus un soufflet…" (Lettre LXIII de Julie à Claire).

Le but d’un soufflet a toujours été de punir ou d’humilier. Au XVIIIe siècle, on disait proverbialement "Donner un soufflet à Ronsard (ou à Vaugelas)", pour dire, faire une faute grossière contre la grammaire française.

"Le soufflet". Gravure de 1774 de Noel Le Mire (Rouen 1724, Paris 1801). Illustration pour La Nouvelle Héloïse de J-J Rousseau.

mercredi 25 janvier 2023

À la chandelle...

Godfried Schalcken (1643-1706) est un portraitiste hollandais spécialiste du clair-obscur. Ses toiles me font penser à une autre illustre représentant du genre, du XVIIe celui-ci, le Lorrain Georges de la Tour (1693-1652). Les toiles de Schalcken ont le mérite de nous rappeler la pauvreté des éclairages au XVIIIe siècle, même si certains films et séries en costume n’hésitent pas à illuminer les soirées a giorno… Se souvient-on que la bougie est une ancienne mesure de l’intensité lumineuse ? Il en fallait beaucoup, des bougies, pour éclairer comme une seule de nos ampoules modernes !
Au XVIIIe siècle, on soupait (le souper était le repas du soir ; à midi, on dînait) aux chandelles, du moins chez ceux qui en avaient les moyens. La veillée se passait de même, parfois à la seule lumière de la cheminée si on se contentait de la conversation. Souvent, dans les grandes maisons, des chandeliers étaient posés sur une petite table, et chacun en prenait un pour pouvoir regagner sa chambre. La semi-obscurité des salons était source de connivences, de confidences, la complice des amoureux, de ceux qui l’étaient ou aspiraient à le devenir…

Les vierges folles et les vierges sages (Louvre) est un bon exemple du style de Schalcken. Nicolas de Launay (1739–1792) en tirera en 1792 une belle gravure.


 


 

jeudi 19 janvier 2023

Watteau encore ! Séquence humour...

"Pierrot" (longtemps appelé "Gilles") est un tableau attribué à Antoine Watteau peint en 1718-1719. L’œuvre se trouve actuellement au Louvre. Cette toile de format monumental (184 cm de haut et 149 cm de large) pose bien des questions, en particulier du fait que le célébrissime personnage de la Comedia del Arte soit légèrement décentré. On connaît à présent la réponse : les spécialistes ont découvert la trace d’un châssis vertical à l’arrière du personnage, preuve que la toile a été coupée sur un côté lors d’un changement de châssis.

On ne sait rien des circonstances dans lesquelles Watteau a réalisé cette œuvre, qui a marqué l’Histoire de l’art. Marqué ? Vraiment ? En quel sens ? me demanderez-vous. En ce sens, vous répondrai-je, que plus de deux siècles plus tard, des portraits photographiques remarquables seront inspirés directement par cette œuvre de Watteau. J’en veux pour preuve le cliché, datant des années 1950 et figurant dans une collection privée, de ce charmant bambin : tout, dans son costume comme dans sa pose, évoque le génie du maître des Fêtes Galantes, même si son bonnet pointu est bien plus élégant que cette toque de cuisinier un peu ridicule dont Watteau a coiffé son Pierrot à lui.

L’identité du petit garçon de la photo reste un mystère pour les historiens d’art. On sait seulement de lui que très tôt dans sa vie, il fut saisi par la funeste manie d’écrire des romans.

 

 


 


 

 




 


jeudi 12 janvier 2023

Faux pas...

"Le faux pas", par Antoine Watteau. Huile sur toile réalisée en 1716-18. Musée du Louvre.

Cette toile est remarquable par la tension psychologique palpable qu’elle traduit, montrant la résistance pudique de la femme face au désir violent de l’homme. Mais l’historienne de l’art allemande Eva-Gesine Baur fait remarquer que si de sa main droite la femme s’oppose à son séducteur, les lignes de la nuque et du dos tendent vers l’autre direction… Mais nul n'est à l'abri d'un faux pas, n'est-ce pas ? 

 

 


 

"Tu conviendras que si quelque femme est excusable de penser faux, à vingt ans en matière de galanterie et de volupté, c’est sans contredit celle qui, née, comme moi, avec le germe des passions lascives…"

(Passage extrait de "Le doctorat impromptu" par Andréa de Nerciat, 1788).

 

"Nous sommes nés tous de ces passe-temps,

C’est des humains l’origine première…"

(Voltaire).

 

"Le bruit est pour le fat, la plainte pour le sot :

L’honnête homme trompé s’éloigne, et ne dit mot…"

(Philippe Quinault 1635-1688).

 


 

Les Chevaliers de la Mouche à Miel…

Anne-Louise-Bénédicte de Bourbon (1692-1753), fille du Prince de Condé et de la princesse Palatine, avait épousé le duc des Maine, bâtard lé...