mardi 15 septembre 2026

Le "Pavillon Guimard".

Marie-Madeleine Guimard (1743-1816) fut une artiste célèbre de l’opéra de Paris, grande rivale d’Anne-Victoire Dervieux, autre fameuse demoiselle de l’opéra.

La Guimard, artiste "à la grâce infinie", était très riche, grâce à son talent et surtout grâce à ses amants. Elle se fit construire à Paris en 1773-75, rue de la Chaussée-d’Antin, un splendide hôtel particulier de style grec, intégrant une salle de spectacle d’une jauge de 500 places. L’architecte, le génial Jean-Nicolas Ledoux, réussit à utiliser à merveille une parcelle de terrain de forme ingrate. Il donna à la construction l’allure d’un temple de Terpsichore (rôle vedette de Mlle Guimard !) ; un bas-relief montrant la muse sur son char couronnée par Apollon ornait l’entrée, et le "Pavillon Guimard" faisait l’admiration générale, davantage pour son bon gout que par sa somptuosité. Marie-Madeleine Guimard y menait grande vie, donnant des spectacles en avant-première et des dîners somptueux, dont certains très osés (en clair, des orgies effrénées avec la participation de jeunes filles aux mœurs très libérées).

Le Pavillon Guimard sera malheureusement détruit lors des travaux de réaménagement de Paris du baron Haussmann. La photo (de piètre qualité, j’en suis l’auteur !) en montre la maquette au musée des maquettes des projets et réalisations de J-N. Ledoux à l’extraordinaire Saline Royale d’Arc-et-Senans, dont il est également l’architecte.

L’aquarelle ancienne montre l’entrée principale vue de la cour principale ; la rue de la Chaussée-d’Antin est dans le dos du spectateur, bordée par les écuries et les communs, au-dessus desquels se trouvait la salle d’opéra.

Pour le plaisir, je joins aussi ce portrait de Marie-Madeleine Guimard vers 1772 par Jean-Honoré Fragonard (Munich, Alte Pinakothek).

 




 

 

dimanche 13 septembre 2026

Conversation dans mon salon

- Je ne sais pas ce que tu as fait de ta nuit, mais tu me parais bien rouge, ce matin...

- Et toi ? Tu ne t'es pas regardée ! 


 

 



 

 

dimanche 6 septembre 2026

Marie de Louvencourt.

Parmi les femmes poètes du XVIIIe siècle, qui en compta beaucoup, citons Marie de Louvencourt (1680-1712), que seuls certains mélomanes connaissent encore.

Elle naquit à Paris en 1680. Belle, modeste, d’une conversation pleine de charme, cette amie de Mme de Scudéry écrivit essentiellement des cantates, mises en musique par les plus célèbres compositeurs de son temps. Elle chantait d’une voix brillante, en s’accompagnant au théorbe, un instrument imposant, sorte de grand luth créé en Italie à la fin du XVIe siècle. Jean-Jacques Rousseau ne l’a guère ménagée dans ses écrits, mais on disait à l’époque que c’était parce qu’il était jaloux de son succès. Il est vrai que Jean-Jacques était également auteur de cantates… Voici un court extrait de L’amour piqué par une abeille, une cantate composée peu de temps avant sa mort à 32 ans. La musique était de Nicolas Clérambault (1676-1749), célèbre compositeur et organiste de la période baroque :

 

« Je me meurs, je succombe à ma douleur mortelle,

Dit à Vénus l'Amour en soupirant.

Vénus sourit de sa douleur amère,

Elle guérit bientôt sa blessure légère,

Et par ces mots, apaise son tourment :

Charmant vainqueur, tu nous exposes

A des maux cent fois plus pressants.

Par les peines que tu ressens,

Juge des maux que tu nous causes... »

 

-       Illustration : Jean-François de Troy (1679-1752), Vénus et l'Amour piqué par une abeille. Angers, Musée des Beaux-Arts. (Photo RMN-Grand Palais / Benoît Touchard)

 

 

mardi 1 septembre 2026

La scandaleuse Mademoiselle Deschamps...

Mlle Deschamps, (1730-1764) était une comédienne, et surtout une courtisane célèbre. À une période de sa vie, se trouvant dans la gêne, elle vendit ses meubles. Cette vente fit sensation. Les années passant, elle deviendra une usurière qu’aucun argument ne pouvait attendrir... Favart (célèbre auteur en son temps pour le théâtre et l’opéra, 1710-1792) évoque cette fille dans ses Mémoires :

" La demoiselle Deschamps, ci-devant médiocre figurante à l'Opéra, pour réparer les brèches que le luxe le plus insolent et le plus outré avait faites à sa fortune, commença, il y a quelques années, par vendre une partie de son mobilier, qui était de la plus grande richesse. (...) Parmi beaucoup de meubles superbes, restes de la magnificence d'un de nos princes du sang, qui n'avait pas dédaigné des appas flétris par 20 ans de service dans l'art de Phryné, il fut vendu une baignoire d'argent massif, dont on devine bien l'usage, ornée d'une garniture de dentelle d'Angleterre qui fut achetée par une duchesse et transportée sur sa toilette."

 

On trouve dans le Journal des inspecteurs de Monsieur de Sartines de nombreux échos de la vie scandaleuse de Mlle Deschamps :

"Le fils d’un riche financier se trouvant au petit lever de la Deschamps, fut tellement épris de son lit, qui lui semblait respirer la volupté, qu’il lui proposa de l’acheter sur-le-champ, dans le beau désordre où il se trouvait, avec promesse de coucher dès le soir même dans les mêmes draps, ce qui était un article important du marché. Le lit lui fut vendu 5,000 francs, circonstances et dépendances, et fut payé une heure après."  

Le tableau libertin de Pierre-Antoine Baudoin ci-dessous (collection privée) pourrait illustrer la scène !

 


 

 

samedi 22 août 2026

La magie des frères Asam...

Les frères Cosmas Asam (1686-1739) et Egid Asam (1692-1750), peintres, sculpteurs et stucateurs, sont de grandes figures du baroque tardif ou rococo. Ils ont beaucoup travaillé ensemble dans le sud de l’Allemagne, en Suyisse, au Tyrol, etc.

Leurs noms sont attachés à des édifices prestigieux, telles l’église de l’abbaye de Weingarten ou l’église de la Trinité à Munich. Je viens de visiter celle d’Ingolstadt en Bavière (Asamkirche Maria de Victoria), terminée en 1734 : une pure merveille…

 (Photos de l'auteur).

 

 





lundi 17 août 2026

Fessée !

Mme de Rastard

(…) Tourne-toi, lève ça !

 

Mme Dodo

Ail ! Ôyez donc cette morveuse qui veut donner le fouet à une femme comme moi.

 

Mme de Rastard

Tourne-toi comme il faut seulement, et tu verras, bon... bon... Tiens-toi debout et ne remue pas.

 

Mme Dodo

Oh ! ça est impossible, ça ne se fait bien qu'en trottant... Eh bien ! ça s'appelle-t-il le donner beau ? Allez... allez... Plus fort !... Plus fort... Ah ! ça va, ça va... De petits coups à cette heure...Encore... Vite, vite... Allons... Fort !...

 

Extrait de « Tableau des mœurs du temps dans les différents âges de la vie », par Crébillon Fils, 1750.

 

Illustration : Mädchenschule (Correction dans une école de filles) peinture sur cuivre de 1789 de l'artiste autrichien Adam Johann Braun (1748-1827).

 


 

 

 

mercredi 12 août 2026

Un médecin libertin...

"Jouissez, Phyllis, jouissez de vos charmes : n’être belle que pour soi, c’est l’être pour le tourment des hommes."

Julien Offray de La Mettrie, L’art de jouir, 1746.

 

La Mettrie (1709-1751) était un médecin libertin et un philosophe matérialiste. Pour lui, "les phénomènes psychiques doivent être représentés comme les effets de changements organiques dans le cerveau et le système nerveux" (Wikipédia). Ses principaux ouvrages sont "l’homme machine" et "L’Art de jouir".

Très honoré et estimé en son temps, membre de l’Académie de Berlin, il célébrait les plaisirs sensuels, ce qui ne l’empêcha pas d’être nommé médecin des enfants royaux par Louis XV. Ses détracteurs affirmèrent que sa sensualité avait eu raison de lui, puisqu’il était mort d’une indigestion !

Illustration : "Académie de femme nue", estampe de Louis Jean François Lagrenée, 1771.

 


 

 

 

Le "Pavillon Guimard".

Marie-Madeleine Guimard (1743-1816) fut une artiste célèbre de l’opéra de Paris, grande rivale d’Anne-Victoire Dervieux, autre fameuse de...