mardi 1 septembre 2026

La scandaleuse Mademoiselle Deschamps...

Mlle Deschamps, (1730-1764) était une comédienne, et surtout une courtisane célèbre. À une période de sa vie, se trouvant dans la gêne, elle vendit ses meubles. Cette vente fit sensation. Les années passant, elle deviendra une usurière qu’aucun argument ne pouvait attendrir... Favart (célèbre auteur en son temps pour le théâtre et l’opéra, 1710-1792) évoque cette fille dans ses Mémoires :

" La demoiselle Deschamps, ci-devant médiocre figurante à l'Opéra, pour réparer les brèches que le luxe le plus insolent et le plus outré avait faites à sa fortune, commença, il y a quelques années, par vendre une partie de son mobilier, qui était de la plus grande richesse. (...) Parmi beaucoup de meubles superbes, restes de la magnificence d'un de nos princes du sang, qui n'avait pas dédaigné des appas flétris par 20 ans de service dans l'art de Phryné, il fut vendu une baignoire d'argent massif, dont on devine bien l'usage, ornée d'une garniture de dentelle d'Angleterre qui fut achetée par une duchesse et transportée sur sa toilette."

 

On trouve dans le Journal des inspecteurs de Monsieur de Sartines de nombreux échos de la vie scandaleuse de Mlle Deschamps :

"Le fils d’un riche financier se trouvant au petit lever de la Deschamps, fut tellement épris de son lit, qui lui semblait respirer la volupté, qu’il lui proposa de l’acheter sur-le-champ, dans le beau désordre où il se trouvait, avec promesse de coucher dès le soir même dans les mêmes draps, ce qui était un article important du marché. Le lit lui fut vendu 5,000 francs, circonstances et dépendances, et fut payé une heure après."  

Le tableau libertin de Pierre-Antoine Baudoin ci-dessous (collection privée) pourrait illustrer la scène !

 


 

 

samedi 22 août 2026

La magie des frères Asam...

Les frères Cosmas Asam (1686-1739) et Egid Asam (1692-1750), peintres, sculpteurs et stucateurs, sont de grandes figures du baroque tardif ou rococo. Ils ont beaucoup travaillé ensemble dans le sud de l’Allemagne, en Suyisse, au Tyrol, etc.

Leurs noms sont attachés à des édifices prestigieux, telles l’église de l’abbaye de Weingarten ou l’église de la Trinité à Munich. Je viens de visiter celle d’Ingolstadt en Bavière (Asamkirche Maria de Victoria), terminée en 1734 : une pure merveille…

 (Photos de l'auteur).

 

 





lundi 17 août 2026

Fessée !

Mme de Rastard

(…) Tourne-toi, lève ça !

 

Mme Dodo

Ail ! Ôyez donc cette morveuse qui veut donner le fouet à une femme comme moi.

 

Mme de Rastard

Tourne-toi comme il faut seulement, et tu verras, bon... bon... Tiens-toi debout et ne remue pas.

 

Mme Dodo

Oh ! ça est impossible, ça ne se fait bien qu'en trottant... Eh bien ! ça s'appelle-t-il le donner beau ? Allez... allez... Plus fort !... Plus fort... Ah ! ça va, ça va... De petits coups à cette heure...Encore... Vite, vite... Allons... Fort !...

 

Extrait de « Tableau des mœurs du temps dans les différents âges de la vie », par Crébillon Fils, 1750.

 

Illustration : Mädchenschule (Correction dans une école de filles) peinture sur cuivre de 1789 de l'artiste autrichien Adam Johann Braun (1748-1827).

 


 

 

 

mercredi 12 août 2026

Un médecin libertin...

"Jouissez, Phyllis, jouissez de vos charmes : n’être belle que pour soi, c’est l’être pour le tourment des hommes."

Julien Offray de La Mettrie, L’art de jouir, 1746.

 

La Mettrie (1709-1751) était un médecin libertin et un philosophe matérialiste. Pour lui, "les phénomènes psychiques doivent être représentés comme les effets de changements organiques dans le cerveau et le système nerveux" (Wikipédia). Ses principaux ouvrages sont "l’homme machine" et "L’Art de jouir".

Très honoré et estimé en son temps, membre de l’Académie de Berlin, il célébrait les plaisirs sensuels, ce qui ne l’empêcha pas d’être nommé médecin des enfants royaux par Louis XV. Ses détracteurs affirmèrent que sa sensualité avait eu raison de lui, puisqu’il était mort d’une indigestion !

Illustration : "Académie de femme nue", estampe de Louis Jean François Lagrenée, 1771.

 


 

 

 

samedi 8 août 2026

Destins croisés...

Adélaïde Labille-Guiard (1749–1803) était la fille d’un mercier propriétaire d’une boutique de mode parisienne, "À la toilette", rue de la Ferronnerie. Dans cette boutique, fréquentée par le beau monde, travaillera Jeanne Bécu, belle jeune femme très dévergondée, la future Madame du Barry, maîtresse du roi Louis XV (elle mourra guillotinée en 1793). Jeanne Bécu va nouer avec Adélaïde, la future peintre, une solide amitié. Destins croisés, si différents…

À vingt ans, Adélaïde épouse Nicolas Guiard, commis auprès du receveur général du Clergé. En 1799, la Révolution ayant rendu le divorce possible, elle épousera en secondes noces un peintre François-André Vincent. Après une formation de miniaturiste et de pastelliste, elle poursuivra sa formation à l’Académie de Saint-Luc, ouverte aux femmes. Artiste reconnue, elle sera pensionnée par le roi, puis par la République en dépit de divers soucis durant la Révolution…

L’un de ses tableaux les plus célèbres est un autoportrait de 1785 (New York, MMA), la montrant en compagnie de deux de ses élèves, Marie-Gabrielle Capet et Marie-Marguerite Carraux de Rosemond. Adélaïde porte une robe somptueuse : réminiscence de la boutique familiale "À la Toilette" ?

 


 

 

lundi 3 août 2026

Miroir, mon beau miroir...

"Miroir : Glace de verre ou de crystal, qui étant enduite par derrière avec une feuille d'étain & du vif-argent, rend la ressemblance des objets qu'on lui présente".  Dictionnaire de l'Académie française. Quatrième Édition, 1762.

Se regarder, s’examiner, voilà bien une préoccupation éternelle... Au XVIIIe siècle, les grands miroirs coûtaient des fortunes, et on ne savait guère fabriquer, sinon en en plusieurs morceaux. Les femmes disposaient de petits miroirs à poser sur une toilette, recouverts d’un linge pour les protéger des dépôts des chandelles et de la cheminée. Si le maquillage et la pose des mouches ne posaient pas de problème, l’examen de certaines parties du corps nécessitait des contorsions et l’aide d’une servante. C’était évidemment un sujet intéressant pour les peintres, comme cette jeune fille examinant sa poitrine avec un certain air de satisfaction (pastel d’un suiveur de Boucher).

Le miroir permet aussi de subtils effets de lumière, comme dans cette toile de 1720 de Jean Raoux (1677–1734), où une jeune femme en belle robe bleu et rouge contemple son joli collier de perles (Wallace Collection, Londres).

La voluptueuse sultane que montre Jean-Baptiste Leprince (huile sur cuivre de 1775, Metz, Musée des Beaux-Arts) est moins préoccupée par son visage que par une autre partie de son corps. L’image que lui renvoie le miroir tenu par sa servante semble la satisfaire.

Enfin, dans cette « scène galante » d’Antoine Pesne (Stiftung Preußische Schlösser und Gärten Berlin-Brandenburg), le miroir devient un accessoire du jeu érotique des deux amants. Antoine Pesne, qui était peintre de la Cour de Prusse, applique en cela les conseils que lui a donnés Frederic le Grand dans son « Poème adressé au sieur Antoine Pesne » :

« Abandonne tes saints entourés de rayons,

Sur des sujets brillants exerce tes crayons,

Peins-nous d’Amaryllis les danses ingénues,

Les nymphes des forêts, les Grâces demi-nues,

Et souviens-toi toujours que c’est au seul amour

Que ton art si charmant doit son être et le jour. »

 

Antoine Pesne 

 


Jean-Baptiste Leprince

 


Jean Raoux

Un suiveur de Boucher

 

mardi 28 juillet 2026

Angélique et Médor, ou l'histoire d'une fidélité.

L’Orlando furioso (Roland furieux) de l’Arioste nous raconte comment Angélique, fille du roi de Chine, courtisée par de nombreux chevaliers (dont Orlando et un certain Sacripant), tombe amoureuse de Medoro (ou Médor), jeune soldat sarrasin blessé, revenu la nuit sur le champ de bataille pour récupérer le corps de son capitaine afin de lui donner une sépulture. Follement amoureux, Médor grave leur nom un peu partout, sur les rochers et dans l’écorce des arbres :

"Parmi tant de plaisirs, là où Médor voyait un bel arbre ombrager source ou pur ruisseau, il enfonçait dedans quelque pointe ou couteau, et aussi dans un roc moins dur, s’il s’en trouvait ; et dehors en mille endroits était écrit, de même en mille endroits sur les murs de la maison, « Angélique et Médor », de diverses manières ensemble entrelacés par des nœuds différents".

Le sujet a souvent été repris par les peintres ; ainsi ce joli lavis de Giovanni Battista Cipriani (Florence 1727-Hammersmith 1785) ou cette toile d’Abraham Bloemaert peinte vers 1620-30 (Musée Chéret, à Nice).

J’ai dû partiellement flouter la belle gravure d’Augustin Carrache (Agostino Carracci, 1557-1602), qui montre les deux amants dans une posture digne du Kamasutra, afin d'en supprimer un certain détail anatomique de Médor. Je déteste abîmer ainsi une œuvre, mais les censeurs sont prompts...

Les spécialistes voient dans cet épisode des deux amants dans la nature, gravant leurs noms sur les roches et les arbres, l’une des origines du genre de la pastorale, si important au XVIIIe siècle.

Question subsidiaire : d’où vient cette vieille pratique (française) de dénommer son chien Médor ? Parce que l’amoureux d’Angélique incarne la fidélité, peut-on imaginer ! Il y eut à Paris un chien Médor célèbre, le "chien du Louvre". Il veilla fidèlement la tombe de son maître, tué en 1830 durant les Trois glorieuses, et enterré au pied de la colonnade du palais royal. Ce Médor devint une vraie vedette pour les partisans du nouveau régime.

 

Agostino Carracci

Abraham Bloemaert

Giovanni Battista Cipriani

 

 

La scandaleuse Mademoiselle Deschamps...

Mlle Deschamps, (1730-1764) était une comédienne, et surtout une courtisane célèbre. À une période de sa vie, se trouvant dans la gêne, ...