dimanche 11 octobre 2026

L’accouchement sans peine !

Une fille… que dis-je ? elle ne l’était plus :

Une prêtresse de Vénus,

Réussit par astuce, à devenir la femme

De l’un de ces benêts que ne chagrine pas

L’ornement dont Pâris autrefois dans Pergame

Embellit le bandeau du grand roi Ménélas.

Le jour baisse, on se couche ; arrive le tracas.

Mon tendre époux commence ; et puis fait une pause.

Mamour ! souffrez, dit-il, une réflexion.

Je frémis de penser que je deviens la cause

Du mal que vous fera dans neuf mois un poupon.

Là, là, lui répond son Hélène,

Qui perd la tête à ce jeu-ci :

Mon cher, n’ayez point de souci ;

J’accouche sans beaucoup de peine.

 

Extrait de Le fond du sac, recueil de contes galants en vers des XVIIe et XVIIIe siècles.

 

Illustration : Johann Baptist von Lampi (1751–1830) : l’épouse du peintre, Anna Maria Franchi (1745–1795), et leur fils Franz Xaver (1782–1852), Klagenfurt,1783 (Ferdinandeum Innsbruck).

Lampi, né au Tyrol et mort à Vienne le 11 février 1830, est un peintre d'histoire et de portrait qui fit sa carrière (et sa fortune) essentiellement en Russie et à la cour de Vienne.

 

 


 

dimanche 4 octobre 2026

Des explorateurs-espions...

"Au cours du XIXe siècle, les Britanniques envoyèrent des explorateurs-espions au-delà de l’Himalaya, dans le but de remplir les immenses blancs des cartes du Tibet et de l’Asie Centrale. Les motivations scientifiques cachaient un objectif moins noble : favoriser l’expansion coloniale et ouvrir de nouveaux débouchés au commerce anglais."

(Avant-propos de Moi, Das, espion au Tibet, publication KDP).

 

Le livre est à retrouver ici :

https://www.amazon.fr/dp/B07MJHG28T/ref=sr_1_1?s=amazon-devices&ie=UTF8&qid=1547100655&sr=8-1&keywords=Moi%2C+Das%2C+espion+au+Tibet 

 

 

Illustration : plan de Lhassa au XIXe siècle, Nikita Bichurin

 


 

dimanche 27 septembre 2026

L'instant désiré.

"Par le menu je ne veux vous conter des deux jeunes gens l'ardent et vif débat, leurs douces langueurs, leurs voluptés brûlantes ; je ne veux les conter, parce que je n'entends donner aux hypocrites un motif de dire que je prends le style d'un narrateur licencieux ; je dirai seulement que j'ignore si le soir elle était pucelle; pour sûr, le malin elle ne l'était plus. " 

 (Abbé Casti, L’épouse cousue, conte italien, 1765)

Illustration : Jean-Honoré Fragonard, L’instant désiré. Collection George Ortiz (1927-2013) / photo Maurice Aeschimann.

"L'Instant désiré montre, sur un lit, un garçon embrassant une fille. Ce pourrait n'être qu'une banale grivoiserie, mais l'élan passionné de l'amante, dont le corps nu forme une oblique qui commande la composition de tout le tableau, les bras enlacés, les visages à peine indiqués s'enlevant sur le fond indistinct de l'alcôve, tout est calculé pour rendre sensible le secret émoi de la chair." (Georges Brunel, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres, conservateur des objets d'art des églises de la Ville de Paris)

 


 

lundi 21 septembre 2026

Champagne !

"À la deuxième représentation d'Iphigénie en Tauride de Piccinni (janvier 1781), Mlle Marie-Joséphine Laguerre, (1755-1783) parut sur la scène ivre, au point qu’après la fin du premier acte, elle tomba sur une figurante qu'il fallut aussitôt plonger dans un bain.

(Une fois) soulagée, Mlle Laguerre put chanter sa partition jusqu'à la fin. On sait, à cette occasion, le mot de Sophie Arnould : "Ce n'est pas Iphigénie en Tauride, c'est Iphigénie en Champagne !"

 

Extrait (note de bas de page) des Souvenirs de Mlle Duthé de l'Opéra (1748-1830), avec introduction et notes de Paul Ginisty.

 

Mlle Laguerre, à la très belle voix (mais "une figure passable et une âme de boue" selon certains contemporains) avait en effet la détestable habitude de se surexciter, quand elle chantait, par du champagne...

 

Illustration : Philippe Mercier, Le Goût (1689). Yale Center for British Art.

 


 

 

mardi 15 septembre 2026

Le "Pavillon Guimard".

Marie-Madeleine Guimard (1743-1816) fut une artiste célèbre de l’opéra de Paris, grande rivale d’Anne-Victoire Dervieux, autre fameuse demoiselle de l’opéra.

La Guimard, artiste "à la grâce infinie", était très riche, grâce à son talent et surtout grâce à ses amants. Elle se fit construire à Paris en 1773-75, rue de la Chaussée-d’Antin, un splendide hôtel particulier de style grec, intégrant une salle de spectacle d’une jauge de 500 places. L’architecte, le génial Jean-Nicolas Ledoux, réussit à utiliser à merveille une parcelle de terrain de forme ingrate. Il donna à la construction l’allure d’un temple de Terpsichore (rôle vedette de Mlle Guimard !) ; un bas-relief montrant la muse sur son char couronnée par Apollon ornait l’entrée, et le "Pavillon Guimard" faisait l’admiration générale, davantage pour son bon gout que par sa somptuosité. Marie-Madeleine Guimard y menait grande vie, donnant des spectacles en avant-première et des dîners somptueux, dont certains très osés (en clair, des orgies effrénées avec la participation de jeunes filles aux mœurs très libérées).

Le Pavillon Guimard sera malheureusement détruit lors des travaux de réaménagement de Paris du baron Haussmann. La photo (de piètre qualité, j’en suis l’auteur !) en montre la maquette au musée des maquettes des projets et réalisations de J-N. Ledoux à l’extraordinaire Saline Royale d’Arc-et-Senans, dont il est également l’architecte.

L’aquarelle ancienne montre l’entrée principale vue de la cour principale ; la rue de la Chaussée-d’Antin est dans le dos du spectateur, bordée par les écuries et les communs, au-dessus desquels se trouvait la salle d’opéra.

Pour le plaisir, je joins aussi ce portrait de Marie-Madeleine Guimard vers 1772 par Jean-Honoré Fragonard (Munich, Alte Pinakothek).

 




 

 

dimanche 13 septembre 2026

Conversation dans mon salon

- Je ne sais pas ce que tu as fait de ta nuit, mais tu me parais bien rouge, ce matin...

- Et toi ? Tu ne t'es pas regardée ! 


 

 



 

 

dimanche 6 septembre 2026

Marie de Louvencourt.

Parmi les femmes poètes du XVIIIe siècle, qui en compta beaucoup, citons Marie de Louvencourt (1680-1712), que seuls certains mélomanes connaissent encore.

Elle naquit à Paris en 1680. Belle, modeste, d’une conversation pleine de charme, cette amie de Mme de Scudéry écrivit essentiellement des cantates, mises en musique par les plus célèbres compositeurs de son temps. Elle chantait d’une voix brillante, en s’accompagnant au théorbe, un instrument imposant, sorte de grand luth créé en Italie à la fin du XVIe siècle. Jean-Jacques Rousseau ne l’a guère ménagée dans ses écrits, mais on disait à l’époque que c’était parce qu’il était jaloux de son succès. Il est vrai que Jean-Jacques était également auteur de cantates… Voici un court extrait de L’amour piqué par une abeille, une cantate composée peu de temps avant sa mort à 32 ans. La musique était de Nicolas Clérambault (1676-1749), célèbre compositeur et organiste de la période baroque :

 

« Je me meurs, je succombe à ma douleur mortelle,

Dit à Vénus l'Amour en soupirant.

Vénus sourit de sa douleur amère,

Elle guérit bientôt sa blessure légère,

Et par ces mots, apaise son tourment :

Charmant vainqueur, tu nous exposes

A des maux cent fois plus pressants.

Par les peines que tu ressens,

Juge des maux que tu nous causes... »

 

-       Illustration : Jean-François de Troy (1679-1752), Vénus et l'Amour piqué par une abeille. Angers, Musée des Beaux-Arts. (Photo RMN-Grand Palais / Benoît Touchard)

 

 

L’accouchement sans peine !

Une fille… que dis-je ? elle ne l’était plus : Une prêtresse de Vénus, Réussit par astuce, à devenir la femme De l’un de ces benêts qu...