mardi 28 juillet 2026

Angélique et Médor, ou l'histoire d'une fidélité.

L’Orlando furioso (Roland furieux) de l’Arioste nous raconte comment Angélique, fille du roi de Chine, courtisée par de nombreux chevaliers (dont Orlando et un certain Sacripant), tombe amoureuse de Medoro (ou Médor), jeune soldat sarrasin blessé, revenu la nuit sur le champ de bataille pour récupérer le corps de son capitaine afin de lui donner une sépulture. Follement amoureux, Médor grave leur nom un peu partout, sur les rochers et dans l’écorce des arbres :

"Parmi tant de plaisirs, là où Médor voyait un bel arbre ombrager source ou pur ruisseau, il enfonçait dedans quelque pointe ou couteau, et aussi dans un roc moins dur, s’il s’en trouvait ; et dehors en mille endroits était écrit, de même en mille endroits sur les murs de la maison, « Angélique et Médor », de diverses manières ensemble entrelacés par des nœuds différents".

Le sujet a souvent été repris par les peintres ; ainsi ce joli lavis de Giovanni Battista Cipriani (Florence 1727-Hammersmith 1785) ou cette toile d’Abraham Bloemaert peinte vers 1620-30 (Musée Chéret, à Nice).

J’ai dû partiellement flouter la belle gravure d’Augustin Carrache (Agostino Carracci, 1557-1602), qui montre les deux amants dans une posture digne du Kamasutra, afin d'en supprimer un certain détail anatomique de Médor. Je déteste abîmer ainsi une œuvre, mais les censeurs sont prompts...

Les spécialistes voient dans cet épisode des deux amants dans la nature, gravant leurs noms sur les roches et les arbres, l’une des origines du genre de la pastorale, si important au XVIIIe siècle.

Question subsidiaire : d’où vient cette vieille pratique (française) de dénommer son chien Médor ? Parce que l’amoureux d’Angélique incarne la fidélité, peut-on imaginer ! Il y eut à Paris un chien Médor célèbre, le "chien du Louvre". Il veilla fidèlement la tombe de son maître, tué en 1830 durant les Trois glorieuses, et enterré au pied de la colonnade du palais royal. Ce Médor devint une vraie vedette pour les partisans du nouveau régime.

 

Agostino Carracci

Abraham Bloemaert

Giovanni Battista Cipriani

 

 

mercredi 22 juillet 2026

Un sujet intemporel...

 Ah, les belles infidèles, sujet intemporel…

"Il y a des femmes qui, en faisant des agaceries, n’ont d’autre objet que d’engager un amant ; quelquefois c’est une simple habitude de coquetterie. Il y en a d’autres qui seraient insensibles au plaisir de s’attacher à un homme, si elles ne l’arrachaient à une maîtresse. J’en trouvai une de ce caractère, et malheureusement elle me plut…"

(Extrait des Confessions du Comte de ***, de Charles Duclos, 1741).

Et voici une vision plus maniérée de l’infidélité, trouvée dans le Journal des Dames de janvier 1762:

"Je voyais Ismène infidèle,

Ouvrir son cœur à d’autres feux.

Je la voyais toujours plus belle,

Et j’en étais plus malheureux.

Au sein de la tristesse même

S’exhalaient mes vives douleurs.

De son bandeau le Dieu suprême,

L’Amour, accourut sécher mes pleurs.

Au lieu d’en essuyer mes larmes,

Mets-le sur mes yeux, Dieu charmant,

La cause hélas de mes alarmes

Finit à mon aveuglement."

Illustration : Antoine Vestier (1740-1824), tête de femme couronnée de roses, 1789, Musée des Beaux-Arts de Tours.

 


 

vendredi 17 juillet 2026

Canicule toujours...

"Mon Dieu, dit-elle, mon ami, quelle chaleur il fait aujourd'hui, en vérité on étouffe. C'est, répondit-il, que nous sommes dans les jours caniculaires. Voici, continua-t-elle, en se couchant à demi, un admirable canapé pour la commodité. Oui, repart-il, rien n'est plus commode. J'y fais la méridienne depuis dix ans…"

 

Extrait du Canapé couleur de feu, par Fougeret de Montbron, 1714.

Je vous épargne la suite du récit, qui est carrément torride !

 

 

samedi 11 juillet 2026

Canicule encore...

Au XVIIIe siècle, les grandes demeures possédaient de vastes glacières, qu'on utilisait tout l'été pour la conservation des aliments et la confection des desserts ; mais la climatisation n’avait pas encore été inventée ! Une expression française évoquait la meilleure façon de supporter les nuits d’été suffocantes : on dormait alors "à l’italienne". Cela signifiait tout simplement qu’on se couchait sans chemise et au-dessus des draps. Nul doute que la méthode est encore pratiquée de nos jours !

Illustration : femme pressant un coussin, miniature de Jacques Charlier

La forme vaguement anatomique du coussin en dit long sur les rêves qui traversent l'esprit de cette jeune femme...

Peintre miniaturiste remarquable, Jacques Charlier (1706-1790) reçut des commandes de Louis XV et de Madame de Pompadour. Élève de François Boucher, il a reproduit de nombreuses œuvres de son maître et d’autres grands peintres de son temps. 

 


 

mercredi 8 juillet 2026

Amoureux d'une novice (ou la lettre à double lecture)

Pierre-Jean-Baptiste Choudard, dit Desforges (1746-1806) est un acteur, auteur et homme de lettres, auteur de romans, livrets d’opéra et poèmes révolutionnaires. Il rapporte dans ses mémoires (1798) combien il était amoureux d’une jeune religieuse, sœur Sainte-Agathe, enfermée au couvent. Heureusement, sa sœur se trouve également dans ce même couvent ; des visites et échanges de lettres sont donc autorisés. La rusée jeune fille adresse à son frère une lettre dont la colonne de gauche peut se lire indépendamment. L’avenir s’éclaire alors pour le galant !

"Le bonheur de plaire à sœur Sainte-Agathe me présageait celui de la posséder, si je trouvais le secret d'un rapprochement, comme l'indiquait la lettre. J'appliquai dès lors toutes mes facultés inventives, je tendis tous les ressorts de mon imagination pour tâcher de m'ouvrir un chemin jusqu'à mon idole"…

Illustrations : 

Desforges dans le rôle d'Argante des Fourberies de Scapin (gravure de Galard, vers 1775). 

La lettre à double lecture.

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mercredi 1 juillet 2026

Minois...

"Tête de jeune fille regardant vers le bas à droite" - François Boucher, collection privée.

Voilà bien ce qu’au XVIIIe siècle, on appelait un minois à déranger la tête de Jupiter

 


 

 

jeudi 25 juin 2026

Canicule...

La canicule n'a jamais empêché de lire un bon roman, quitte à faire un petit somme entre deux chapitres ! Il suffit de savoir adapter ses vêtements à la température. 

(Toile de Delphin Enjolras, peintre français,1865-1945, spécialiste des scènes intimistes). 


 

Angélique et Médor, ou l'histoire d'une fidélité.

L’Orlando furioso (Roland furieux) de l’Arioste nous raconte comment Angélique, fille du roi de Chine, courtisée par de nombreux chevali...