Marie-Madeleine Guimard (1743-1816) fut une artiste célèbre de l’opéra de Paris, grande rivale d’Anne-Victoire Dervieux, autre fameuse demoiselle de l’opéra.
La Guimard, artiste "à la grâce infinie", était très riche, grâce à son talent et surtout grâce à ses amants. Elle se fit construire à Paris en 1773-75, rue de la Chaussée-d’Antin, un splendide hôtel particulier de style grec, intégrant une salle de spectacle d’une jauge de 500 places. L’architecte, le génial Jean-Nicolas Ledoux, réussit à utiliser à merveille une parcelle de terrain de forme ingrate. Il donna à la construction l’allure d’un temple de Terpsichore (rôle vedette de Mlle Guimard !) ; un bas-relief montrant la muse sur son char couronnée par Apollon ornait l’entrée, et le "Pavillon Guimard" faisait l’admiration générale, davantage pour son bon gout que par sa somptuosité. Marie-Madeleine Guimard y menait grande vie, donnant des spectacles en avant-première et des dîners somptueux, dont certains très osés (en clair, des orgies effrénées avec la participation de jeunes filles aux mœurs très libérées).
Le Pavillon Guimard sera malheureusement détruit lors des travaux de réaménagement de Paris du baron Haussmann. La photo (de piètre qualité, j’en suis l’auteur !) en montre la maquette au musée des maquettes des projets et réalisations de J-N. Ledoux à l’extraordinaire Saline Royale d’Arc-et-Senans, dont il est également l’architecte.
L’aquarelle ancienne montre l’entrée principale vue de la cour principale ; la rue de la Chaussée-d’Antin est dans le dos du spectateur, bordée par les écuries et les communs, au-dessus desquels se trouvait la salle d’opéra.
Pour le plaisir, je joins aussi ce portrait de Marie-Madeleine Guimard vers 1772 par Jean-Honoré Fragonard (Munich, Alte Pinakothek).





