Dans l’Antiquité romaine, on comptait dix sibylles.
Supposées capables de communiquer avec le divin, ces femmes rendaient des
oracles, rarement très clairs. Représentations de la plus ancienne sagesse du
monde, le christianisme les adopta, et les Pères de l’Église intégrèrent la
littérature les concernant ; le Moyen-âge porta même leur nombre à douze
et on les représenta dans les églises ! Leur culte s’épanouit au XVIe
siècle et perdura jusqu’à nos jours dans certaines régions d’Europe : le "chant
de la Sibylle", remontant au Xe siècle et annonçant la fin des temps, est
toujours interprété à Majorque lors de la fête de Noël.
Au XVIIIe siècle, Voltaire leur redonna une actualité,
par son "dictionnaire philosophique portatif" publié en 1764, dans le cadre
des débats entre philosophes déistes et penseurs chrétiens. Cependant, à
l’époque, les sibylles ont largement disparu des sujets de conversation, sauf
peut-être dans l’expression "C'est une vieille Sibylle", pour
qualifier "une fille âgée qui fait parade d'esprit et de science" (Dictionnaire de l'Académie française,1762). "Je
n'aime pas ces maisons présidées par une Sibylle, qui donne le ton et
qui le reçoit à son tour de tous ceux qui environnent son trépied." (Charles Palissot
de Montenoy, cité dans le Dictionnaire critique de
la langue française de 1787).
Les Sibylles n’en restent pas moins un
bon sujet pour les peintres. Ainsi l’Allemand Anton
Raphael Mengs, avec cette Sibylle de 1761 (turban jaune), ou Angelika Kauffmann
en 1775 (turban blanc et manteau rouge). Par le vêtement et surtout
l’attitude, sa vision de la Sibylle est assez proche de celle de Mengs, mais
comme elle l’a peinte 14 ans plus tard, on peut deviner qui a copié sur qui !