Parmi
les femmes poètes du XVIIIe siècle, qui en compta beaucoup, citons Marie de
Louvencourt (1680-1712), que seuls certains mélomanes connaissent encore.
Elle naquit
à Paris en 1680. Belle, modeste, d’une conversation pleine de charme, cette
amie de Mme de Scudéry écrivit essentiellement des cantates, mises en musique
par les plus célèbres compositeurs de son temps. Elle chantait d’une voix
brillante, en s’accompagnant au théorbe, un instrument imposant, sorte de grand
luth créé en Italie à la fin du XVIe siècle. Jean-Jacques Rousseau ne l’a guère
ménagée dans ses écrits, mais on disait à l’époque que c’était parce qu’il
était jaloux de son succès. Il est vrai que Jean-Jacques était également auteur
de cantates… Voici un court extrait de L’amour piqué par une abeille, une
cantate composée peu de temps avant sa mort à 32 ans. La musique était de
Nicolas Clérambault (1676-1749), célèbre compositeur et organiste de la période
baroque :
« Je
me meurs, je succombe à ma douleur mortelle,
Dit
à Vénus l'Amour en soupirant.
Vénus
sourit de sa douleur amère,
Elle
guérit bientôt sa blessure légère,
Et
par ces mots, apaise son tourment :
Charmant
vainqueur, tu nous exposes
A
des maux cent fois plus pressants.
Par
les peines que tu ressens,
Juge des maux que tu nous causes... »
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Illustration :
Jean-François de Troy (1679-1752), Vénus et l'Amour
piqué par une abeille. Angers, Musée des Beaux-Arts. (Photo RMN-Grand Palais /
Benoît Touchard)