... ou quand deux grandes figures de l’Histoire et de la littérature en viennent aux mains dans la cour d'une prison !
Chacun connait Honoré-Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (1749-1791), l’une des grandes figures de la Révolution Française, partisan d’une monarchie constitutionnelle («Nous sommes ici par la volonté du peuple, etc.»). On connait tout autant le «divin marquis», dont le nom entra dans le langage courant. Mais si les Français connaissent Mirabeau depuis l’école primaire, ils savent moins que sa vie fut un roman.
Mirabeau se sépare vite de la riche héritière qu’il a épousée, déserte de l’armée, connait plusieurs prisons (Ile de Ré, Manosque, château d’If, fort de Joux…) dont plusieurs fois sur ordre de son propre père, pourtant un éminent philosophe, «pour le remettre dans le droit chemin». Il se sauve avec Sophie de Ruffey, marquise de Monnier, déjà mariée. Le couple illégitime aura une fille, qui mourra enfant. Les amants sont rattrapés et, en 1777, Sophie est condamnée au couvent (elle se suicidera en 1789). Lui échappe à la peine de mort, mais restera 42 mois au donjon de Vincennes. Durant cette détention, il en vint aux mains avec un codétenu, un certain marquis de Sade, que Mirabeau qualifiait de Giton tandis que lui le traitait de monstre…
Sade et Mirabeau tuaient le temps en prison en écrivant. Mirabeau était non seulement un grand orateur, mais avait aussi une plume alerte et souvent acide, truffant ses textes de jolies formules. Un exemple : «Madame de l’Hermitage tient bureau de bel esprit : là, tous nos demi-dieux, tous nos Apollons modernes viennent chercher des dîners qu’ils paient en sornettes…». Il est l’auteur de «Erotika Biblion», textes libertins assez crus écrits à Vincennes, publiés en 1783 et plusieurs fois réédités. L’édition de 1910 comporte une préface et des commentaires de Guillaume Apollinaire. Il écrivit également à cette période des libelles et ses «Lettres à Sophie» passionnées («les amours qui finissent ne sont pas les nôtres…»).
Mirabeau et Sade étaient, parait-il, parents par les femmes ; ils avaient aussi quelques autres affinités, non seulement en matière de plume et de libertinage, mais aussi en gestion de fortune : ces deux seigneurs savaient si bien gérer leurs terres qu’ils arrivèrent à la Révolution couverts de dettes…
- Honoré de Mirabeau, 1789, par Joseph Boze (1745-1826) Château de Versailles.
- Portrait du marquis de Sade, selon un dessin de Carle Van Loo de 1760 (Sade avait alors 20 ans).

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