Ce trompe-l’œil de Gaspard Gesly
(peintre de Franche-Comté, 1712-1756) montre la gravure d’une célèbre toile de Pierre-Paul Rubens, « Portrait
d’une vieille avec un garçon de nuit ». En dessous apparait l’inscription
latine suivante :
Quis velet
apposito, lumen de lumine tolli. Mille licet capiant, deperit inde nihil.
Cette citation, tirée de l’art d’aimer d’Ovide, signifie que l’on peut
emprunter la lumière à la lumière sans faire diminuer celle-ci. Métaphore du
don sans déperdition, le motif du lumen de lumine, lumière de la
lumière, de prime abord exclusivement théologique, connaît également sa
version profane, et même libertine ! C’est sur la base de ce principe
qu’Ovide invite les jeunes femmes à aimer :
Appauvrit-on la
flamme où s'allume un flambeau ?
La mer au sein immense
où l'on va puiser l'eau ?
Tu veux que de son bien
la beauté soit avare…
En ce sens, reconnaissons
qu’Ovide est un auteur très XVIIIe siècle, et il n’est guère étonnant que
Gresly ait retenu ce thème… À noter que Rubens avait peint ce
panneau dans le style du Caravage, dont il avait vu les œuvres en Italie,
caractérisé par un usage spectaculaire de la lumière et son naturalisme. Il
n’avait pas peint ce sujet dans l’intention de le vendre, mais l’avait
conservé, sans doute, pense-t-on, pour l’instruction de ses élèves.
Illustrations : le
trompe-l’œil de Gresly et l’œuvre de Rubens.